27 mai 2017

Une petite boîte rouge à pois.

Un soir d'été, en rentrant dune belle soirée dans un lieu qui sent bon les vacances à deux pas de chez moi, j'étais occupée à accrocher des coeurs entre deux de mes amis.  La chaleur assommante de la journée faisait place à un doux vent timide, toutes lumières éteintes je profitais de la douceur de cette soirée de laquelle je ne souhaitais pas me détacher tout de suite...., Bianca était montée à l'étage pendant que je surfais nonchalamment sur les réseaux sociaux, m'extasiant devant les mines réjouies de mes amis, qui profitaient eux aussi de ces moments quasi estivaux. En voulant se placer dans l'encadrement de la baie vitrée, mon chat fait soudain tomber une boîte rouge à pois, que j'avais confectionnée il y a quelques années, et dans laquelle j'avais l'habitude de remiser des souvenirs.

En tombant, tout son contenu s'est renversé sur le sol, et sans allumer la lumière j'ai tout rassemblé et remis dans la boîte, sans y prêter plus d'attention. Je montai me coucher, en posant la boîte sur une chaise du salon, je verrai ça plus tard. Combien de temps s'était écoulé depuis que je l'avais ouvert la dernière fois? Que contenait-elle?Je remis ces questions à plus tard, et m'endormis calmement dans la fraîcheur du soir.

Le temps arriva néanmoins, où seule chez moi, je me suis attelée à explorer le contenu de cette petite boîte. Elle contenait pêle-mêle des photos, des cartes, des lettres, des souvenirs parfois vieux de 20 ans, qui faisaient leur apparition là, au milieu du salon, dans la chaleur d'un après-midi de mai.

Des lettres adorables, des cartes de félicitations, certaines de mes grands-parents, certaines de mes amis, dont certains ont perdu leur empreinte dans mes souvenirs, mais pour la plupart, ils sont tous encore près de moi aujourd'hui.

Quelle chance d'avoir accordé tant d'importance à ces bouts de mémoire, à ces photos qui me rappellent qui j'ai été, les événements de la vie, sur lesquels je ne m'étais pas attardée, les moments doux et moins, les joies, les choses insignifiantes de mes 17 ans qui tenaient tant d'importance à l'époque. Comme le temps est fugace, comme les photos et les lettres sont précieuses. Elles figent ces moments, nous ramènent à l'époque, l'heure, le lieu, les sensations, de tel ou tel instant, comme le font les madeleines ou les parfums.

Et ce genre de trésors, j'en ai accumulé un petit paquet, sans doute ailleurs dans mes caisses pas encore déballées depuis mon récent déménagement.

Cela fait l'objet d'un article non pas pour le seul caractère précieux du souvenir lui-même. Mais le moment où celui-ci réapparaît. Ce moment de mon chemin, précis, où à 36 ans, j'ai pris encore conscience de certaines évidences, que j'avais souhaité archiver bien vite. Écorchée vive de l'amour, il me fallait résoudre une équation compliquée, sans doute la plus ardue depuis le début de ma "renaissance". Faire le deuil de ce que je n'aurais jamais, car le moment est passé et n'est plus. Facile à dire, facile oui. Pour trouver l''équilibre, il fallait déjà s'aimer soi. J'avais cru y être totalement parvenue et en réalité pas tout à fait. J'avais cru avoir bien fait, et en fait je m'oubliais, m'effaçais, pour ne pas faire de vague, pour faire l'unanimité.

En réalité, nul ne fait l'unanimité, et ce qu'il me fallait comprendre c'est que ce n'était pas grave de ne pas plaire à tout le monde, c'est bien plus grave de le faire! Je n'existais pas, j'étais là. Dans cette boîte on le voit bien, sourire, sagement, réussir, logiquement, agir, machinalement.

Les souvenirs sont magnifiques, mais aussi douloureux lorsqu'ils renvoient à une réalité, celle d'avoir voulu lisser ce qui ne le serait jamais, d'avoir joué au yo-yo, où il était juste possible de s'apprécier tel que l'on est peu importe si l'on ne fait pas ce que les autres attendent de nous.

Ce matin, une personne que j'admire beaucoup a publié sur un réseau social une phrase incroyable de vérité pour moi : "soyez la personne dont vous aviez besoin quand vous étiez petit". J'ai envie de vous dire, je cherche tellement à être parfaite pour celle que j'étais petite, que parfois je suis dure, tyrannique, exigeante jusqu'à la morsure, alors qu'il suffit à cette petite fille, d'être entourée de bras aimants et rassurants, d'évoluer dans un monde ouvert et avec fantaisie et imagination, être protégée et donc de savoir laisser passer les événements et les carences pour ne pas continuer à les accumuler en grandissant.

En nageant ce matin, je réfléchissais à cette phrase. Qu'aurai-je souhaité petite? Quel parent aurai-je voulu avoir? Quel adulte voulais-je devenir? 

Bienveillante, douce, déterminée, vivante, pétillante, confiante, décalée, drôle, avec une personnalité, un peu têtue, un peu folle, joyeuse et positive. C'est ça que je veux incarner. Mais aussi, jolie, fière de moi, en accord avec moi-même.

Alors ces souvenirs, cette phrase, ces pensées, elles sont toutes sorties de ma boîte, pas la rouge à pois, celle qui me tient lieu de tête pensante. Accepter de refermer et de rouvrir parfois cette boîte sans rien vouloir changer, découper, jeter, effacer, me permettra de m'incarner en la personne dont j'ai besoin aujourd'hui, pour avancer.

Tout cela passe par une tonicité, une forme, une bonne circulation des énergies corporelles, car la tête n'est rien sans le corps, accepté lui-même pour ce qu'il est, cohérent avec ce qu'il contient.

Que retenir de tout ceci? Qu'il ne faudrait pas vouloir aller trop vite quand on décide de faire la révolution, y compris la sienne. Qu'en voulant brûler les étapes, on perd du temps, on fait des détours, sans doute nécessaires, mais qu'on aurait pu éviter simplement en se laissant du temps, en ne voulant pas être un bon élève comme quand on était petit, abreuvés de "peut mieux faire", le prenant pour argent comptant quand c'était de la pure rhétorique.

On peut y arriver, croire en soi et au reste, au possible, à demain, si on commence par croire à aujourd'hui.

Pour pouvoir passer devant le Palais de Justice sans avoir peur, pour ne pas aimer que des réminiscences du passé  accepter de sortir encore un peu plus de sa zone de confort, et surtout, pouvoir ouvrir tranquillement une petite boîte rouge à pois sans être envahie par la nostalgie de ce qui a été, tant mieux, mais ne sera plus, heureusement, ça veut dire que la Terre continue de tourner et qu'on est vivant.

Je vous embrasse :) 





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