Une fois, cinq minutes. (ceci est une fiction)

Une fois, pendant cinq bonnes minutes, je me suis demandé ce que ça aurait changé d'être un homme.

Dans ma situation j'entends, pas pour être capitaine d'un bateau vert et blanc, d'une élégance rare et plus fort que l'ébène. Non, non ça c'est une autre histoire. Et puis j'ai déjà vu Bergame, ça va merci.

Si j'avais été un homme, serai-je parvenue à mes fins plus rapidement? Aurais-je pensé différemment, serais-je arrivée plus loin plus vite?

M'aurait-on pris en considération? Aurait-on trouvé mon parcours "atypique", au lieu de le trouver "courageux"?

M'aurait-on félicité sur mon parcours, qualifié "d'autodidacte" plutôt que "difficile à suivre"?

M'aurait-on interrogé sur mon célibat, m'aurait-on pressé pour que j'aie des enfants, à mon âge?

Je me suis posé la question.

Je sais ce qu'est être une femme, je le sais bien et je suis trés heureuse d'être qui je suis, mais évidemment parfois, on s'interroge.

Etre un homme, ça veut dire quoi exactement? Franchement, je n'en sais rien du tout, et ce n'est pas un billet inutile qui vise à remplir les vides, ou à faire du buzz, c'est une vraie interrogation.

Qu'est ce qui différencie les pensées d'un homme et d'une femme?

Si j'avais été un homme, issu de ma famille, serai-je allé au bout de mes études de droit pour devenir avocat? Si j'étais devenu avocat, aurais-je trouvé rapidement une place dans une collaboration épanouissante, me permettant de gagner ma vie, d'épargner, de me faire une clientèle personnelle confortable, et de m'associer? 

Aurais-je eu du succès avec les femmes, et en aurais-je choisi une pour m'accompagner sans me poser de questions sur mon moi profond, mes aspirations, mes volontés?

Aurais-je fondé une famille, acheté une maison? Voyagé deux fois par an, fait du sport, me serais-je interrogé sur ma place dans le monde, sur ma citoyenneté, ma consommation?

Ou alors aurais-je suivi le même parcours qu'aujourd'hui? C'est à dire, tout quitter parce que je me serais rendu compte que le métier d'avocat n'était pas fait pour moi, l'effet miroir aurait il fonctionné avec la souffrance de mes amis? Aurais-je réussi à devenir prof d'italien, ou de français tiens? Aurais je été plus libre, plus fou, plus entreprenant? Aurais-je tout quitté pour partir au Québec pour une année, tenté ma chance et en serais je revenu?

Aurais-je entrepris tout ce parcours initiatique, toute cette réflexion sur moi-même, ce travail de longue haleine, ou bien aurais-je nié les peurs, les héritages du passé?

Aurais-je été charmant, drôle, beau, intelligent, cultivé? Aurais-je au contraire été pédant, condescendant, entêté, péremptoire, fier?

Une chose me semble à peu près acquise, si j'avais été un homme, on m'aurait pris- plus vite- au sérieux, on aurait salué mes prises de décision, ma famille m'aurait vraiment épaulé, personne n'aurait pensé que j'étais mal barré ou instable, j'aurais été peut-être vu comme quelqu'un de différent, mais on aurait pensé bien me connaître, et donc, on ne m'aurait pas jugé.

Si j'avais été un homme....j'en sais rien dans le fond, sans doute aurais-je fait d'autres choses, ou peut-être exactement les mêmes choix, Mais je ressens au fond de moi que rien n'aurait été pareil, et sans doute plus facile, vu la situation du pays dans lequel je vis, et bien sûr comme c'est une démocratie en temps de paix on croirait a priori qu'être une femme en 2016 en France ouvre des portes....

Puis les cinq minutes se sont écoulées. Et j'ai repris mes activités là où je les avais laissées.

Se projeter de manière fictive, sur une autre option de soi-même peut sembler une perte de temps, en fin de compte, à quoi cela m'aura-t-il servi?

Au moins à confirmer que je suis heureuse d'être la femme que je suis aujourd'hui, heureuse d'être une femme tout court, je n'ai peur de rien maintenant, depuis que je me connais, et je n'ai pas envie d'être quelqu'un d'autre.

Et aussi à me démontrer qu'intérieurement, je ne me sens pas moins valable, moins forte, moins courageuse ou moins réfléchie que si j'avais été un homme.

Ces cinq minutes ne m'ont pas bouleversée, elles ont juste été une rêverie sortie de nulle part.

Ou bien c'est quand j'ai décidé d'assumer ce que j'étais, et que je me suis dit tiens, en fait, ce que je veux c'est devenir écrivain. Et ça s'écrit au masculin.

(Bonus track dans le titre :))

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