4 oct. 2016

C'est l'histoire d'un olivier....

Ecrire, c'est toujours le début de quelque chose, le début d'un chemin, le début d'une trajectoire même et c'est comme enfiler des baskets et sortir prendre l'air, indispensable, intense, important.

Même le moindre gribouillis, même les trois lignes griffonnées, même une petite carte postale glissée dans une boîte aux lettres, écrire, c'est toujours un moment important.

Ne pensez pas, mes chers amis, que je n'aie pas écrit durant l'été, j'ai écrit de nombreuses lignes, de nombreux mots, parce qu'ils me sont chers, et surtout, j'ai vécu.

Aux côtés d'un vieil homme souriant, qui avait oublié tant de choses, mais jamais de sourire, qui savait encore trouver le courage de sourire et de ne jamais se plaindre, qui jouait aux cartes et s'émerveillait de tout, car chaque minute était pour lui une nouveauté, une chance, quand pour les autres ce n'était qu'une incessante répétition des mêmes phrases et des mêmes mots.

J'ai caressé sa main, et l'ai posée dans la mienne, j'ai regardé son visage pour l'imprimer dans ma tête, j'ai ri avec lui, j'ai raconté des blagues et des bêtises pour surmonter mes larmes, et jusqu'à la fin, avant qu'il ne s'endorme, paisiblement, j'ai pu voir ce sourire, cette joie de vivre, cet héritage précieux.

Mon grand-père, qui écrivait des inventaires à la Prévert, qui comptait les heures et les jours qui séparaient chacune de nos visites, qui faisait toujours le clown et avait toujours le bon mot, qui me disait que j'étais jolie, à chacune de nos rencontres, cet homme qui pour moi était un exemple de courage, de ténacité, de force, et qui m'a aimée, je le sais, je le voyais dans ses yeux, qui était fier de moi, est parti étinceler dans le ciel et veiller sur moi .

J'aurai voulu lui dire, à mon tour, que j'étais fière de lui, fière de son audace, d'avoir tenté sa chance au recrutement des Houillères françaises qui venaient chercher de la main d'oeuvre dans sa Calabre natale, et d'avoir persévéré, d'avoir osé quitter son pays pour tenter sa chance ailleurs, mon Jack Dawson à moi, d'être venu piquer le charbon sous terre, tous les jours pendant 30 ans, d'avoir accepté de se salir, les mains, le front, les poumons, d'avoir fondé sa famille, d'avoir bâti sa maison et d'avoir travaillé la terre, et surtout d'avoir continué à siffloter, à rire, à nouer des amitiés et à m'apprendre le dialecte de son village.

Non, ce n'était pas un héros, pas du tout, non il n'était pas parfait, il était même loin de l'être à bien des égards, mais il était humain, et en tant que grand-père il a été formidable, et c'est tout ce que je lui demandais.

Quand il s'est éteint, je débutais une série d'entrevues pour la rédaction d'un livre, toujours en cours d'écriture, et j'allais rencontrer d'anciens mineurs, le jour suivant. 

Et le hasard (ou bien mieux, lui même) m'a fait débuter dans une ville à une trentaine de kilomètres de chez lui, chez un ancien journaliste, qui m'accueillait à son domicile. Au moment de prendre congé, deux heures plus tard, on sonne à la porte. J'étais debout, prête à partir, quand un autre Monsieur que je devais rencontrer, venait rendre visite à celui que je venais d'interroger.

Le hasard?C'est que non seulement il connaissait mon grand-père, mais qu'en plus il avait travaillé avec lui, au fond, dans son équipe! Qu'il l'avait connu dans sa jeunesse, dans son bel âge et que ce qu'il m'a raconté de lui ne pouvait que me faire sourire.

J'ai toujours eu le réflexe de changer un événement négatif en carburant positif, et c'est toujours dans ce trait de temps, que je devais peaufiner mon projet professionnel pour cette année.

Ayant décalé d'un an mon entrée à l'Ecole Supérieure de Journalisme, faute de financement suffisant, il m'avait fallu rebondir, je m'étais tournée vers la fac, mais étant dans un cas particulier au Pôle emploi, il n'était pas possible d'aller au bout de ce projet.

Je me retrouvais donc sans activité, ni formation, durant un an.  Pour pouvoir collaborer avec l'éditeur qui publie le livre que je rédige actuellement, il fallait que je trouve une solution , ayant déjà amèrement subi les affres de" l"indépendance", je refusais de me brûler de nouveau.

Et notre entourage sachez-le, est peuplé de pépites: une de mes amies déborde d'idées et de projets en faveur des écosystèmes, de la biodiversité, et du commerce équitable, et a toujours de bons tuyaux qu'elle ne garde pas pour elle :)

Résultat: j'ai passé le coup de fil, j'ai assisté à la réunion, j'ai fait mon entretien individuel et mon entrée chez Grands Ensemble, une coopérative salariale lilloise.

Mon projet est simple: écrire, mais pas n'importe comment. D'une part, collaborer avec un éditeur pour des rédactions sur le long terme, de l'autre, écrire pour les autres, écrire ce qu'il y a de plus positif et dont les gens sont le plus fiers, et qu'ils souhaitent transmettre à leurs proches.

Et c'est mon grand-père qui m'a donné cette idée. Quand j'étais petite, il me racontait parfois des bribes de sa vie, et je n'ai pas écrit. Quand j'ai grandi, je n'ai pas trouvé le temps. Quand j'ai eu le temps, la maladie d'Alzheimer avait commencé à grignoter sa mémoire.

Mais j'ai souvent comparé mon grand-père à un arbre, un olivier, ces arbres que l'on admire à perte de vue au village.... Avec les fruits sur les branches tortueuses et les racines solides bien ancrées dans la terre.

L'olivier sera mon image, l'image de mon entrepreneuriat salarial. Et je lui donnerai son nom, mon nom, une façon de lui rendre hommage, une façon de raconter des histoires, de façon positive, ce que j'ai gardé de ce qu'il m'a appris.

Ce projet se met en place pendant cette année, se développera les prochains mois et me permettra, je le souhaite, de percevoir un salaire l'an prochain, on dirait de la magie non?

J'ai eu cette chance, ce répit, ces quatre mois, cette parenthèse, où j'ai pu l'embrasser chaque semaine,et lui dire combien je l'aime, à lui qui, avant de s'endormir, a ri, souri et m'a pris dans ses bras.

Je ne peux pas mieux l'expliquer, ce qui nous unissait perdure au-delà de l'absence physique, parce que ces liens sont solides comme l'olivier, et leurs racines sont profondes.

A dire vrai, j'aurais voulu qu'on fasse résonner un accordéon dans cette église, j'aurais voulu qu'on entonne une tarantella, et qu'on garde de lui un souvenir positif, un sourire contagieux, une bonne humeur, un honneur et une fierté. 

Et c'est pour ça que j'écris. Infatigablement, pour raconter des histoires, pour recueillir des confidences, pour prendre le temps.

Cette année de césure est une chance, une aubaine finalement, là où j'ai dû sans cesse me retourner et m'interroger.

J'ai trouvé sur cette route, une étoile pour me guider. Ma voie, l'écriture, je l'embrasse et l'assume, je sais ce que je veux, je sais pourquoi je me lève, je ne prends aucun risque, j'ai fait ce qu'il fallait pour ça.

Apaisée, je sais de quoi seront faites mes journées, peuplées de destins et de rencontres, de liens et de confiance, de champs d'olivier, de souvenirs à transmettre et d'informations à développer. 

Parfois, à vouloir trop aller vite, on se perd, à trop vouloir entrer dans un chemin tracé on s'égare, à ne pas s'écouter on se trahit.

Parfois, prendre le temps de vivre, de réfléchir, de se poser, nous aide à être sur le chemin fait pour nous.

J'ai pris des tas de décisions ces dernières semaines, j'ai vécu des mois éprouvants, maintenant, je porte en moi un cadeau, une chance, une inspiration, un héritage,: la joie d'être là.

Croyez en vous, quoi que vous fassiez, faites vous confiance, observez, regardez, écoutez les messages que vous envoie la vie.

Mon ciel est peuplé d'étoiles, deux d'entre elles m'ont beaucoup appris et enseigné.

Et aujourd'hui, grâce à ces enseignements, je deviens qui je suis et je dis MERCI.

Je vous embrasse. (et je reviens plus vite que ça! vous m'avez manqué!!)



Ps: il y a une petite surprise dans le titre :)

2 commentaires:

Isabelle Bonnet a dit…

MERCI. Pour ces mots, pour ce texte, pour ce qu'il véhicule.
Les larmes ont coulé. Toutes seules, salées mais apaisées.
Cela m'a renvoyée au lien avec mon grand-père parti il y a déjà + de 20 ans, à qui je pense et qui me protège... Je crois :-)

Cela a fait écho aux liens qui m'unissent si fort à ma Maman, qui débute une maladie de la mémoire pas encore diagnostiquée, et pourtant si présente lors de ses absences de souvenirs...

Merci de tout Cœur pour cette émotion forte, ressentie au bureau au milieu de la routine quotidienne, un petit rayon de Joie.

Isabelle

Y a d'la joie! a dit…

Chère Isabelle je vous remercie à mon tour 😉 j'ai vu une émission de Frédéric Lopez (mille et une vies) où témoignait la mère d'Anne Roumanoff sur la maladie de son époux et son accompagnement plein de tendresse de joie de bienveillance j'ai pleuré de joie en la regardant après le décès de mon grand-père.ça fait du bien! Je embrasse ❤

Y a des copains!