18 oct. 2016

Vague à l'âme

Cette expression est tout à fait représentative de l'état dans lequel parfois on se trouve, ces moments où,on ne sait pas pourquoi on ne sait pas comment, on ressent comme une immense vague passer au-dessus de notre tête, rester un moment, avant de nous ramener sur le sable, vidés, fatigués, épuisés même.

Ensuite, la vague disparaît, et on retrouve peu à peu notre joie de vivre, notre entrain, notre énergie.

Mais la vague n'est jamais partie pour toujours, elle revient sans crier gare un jour, sans avis de tempête, sans bulletin d'alerte, sans rien dire, silencieuse, sur la pointe des pieds.

Dans ces moments, quand c'est la tempête dans nos têtes comme dirait M, on ne veut rien d'autre qu'être seule, cette solitude qui avait pesé si lourd si longtemps, qui nous terrorisait, qui nous tenait à l'écart des gens alors qu'on ne désirait rien d'autre qu''être au milieu d'eux, s'étourdir de bruits, de mains, de rires, de tintement de verres, d'assiettes débordantes, de desserts sirupeux.

Comme elle m'est familière....

A présent, même si la vague à l'âme peut revenir parfois, je l'accepte et je ne m'oppose plus à elle, pour qu'elle passe, pour qu'elle s'étire loin de moi plus vite.

Quand je lutte, elle me fatigue davantage, autant accepter son passage et revenir à autre chose.

Comment l'expliquer aux autres? Quand je suis attendue pour une fête, et que mon cœur est subitement sous l'eau? Que je me sens submergée et que je sais qu'il faut rentrer pour fermer les fenêtres, les volets, me mettre sous le plaid et fermer les yeux pour que cela passe?

Qui peut comprendre? 

Personne, personne ne peut comprendre, et pourtant les amis les plus proches sentent cette menace qui parfois m'attire dans le silence d'une grotte, arrivent par surprise, me sortent de chez moi, le temps d'une accalmie, et passent un baume réparateur sur les dernières blessures qui encore tardent à cicatriser.

Je ne pense pas qu'il s'agisse de quelque chose de terrifiant, de grave, de mauvais.

Au contraire même. A bien y réfléchir, c'est nécessaire, voire salvateur.

Cela nous oblige à suivre notre corps et notre instinct, à stopper les choses quand il est temps, à ne pas imposer une humeur en décalage avec notre entourage.

Cela nous astreint à être vrais. Et être vrai c'est ne pas jouer, ne pas remettre de masque social  Ne pas faire semblant d'être bien quand au fond, on finit par vouloir être là où notre âme veut être; cent mille lieues dans les airs.


Non que l'on veuille fuir les gens, surtout les gens qu'on aime, non qu'on n'apprécie pas leur compagnie, au contraire, mais quand la vague est là, il faut juste accepter de se retirer sans faire souffrir qui que ce soit pour pouvoir revenir , au sec :)

L'automne peut-être, la tristesse de ne plus entendre une voix, la cadence un peu rapide, le tourbillon de la vie où l'on accepte que très rarement de s'écouter....tant de raisons créent la vague.

C'est un temps nécessaire pour avancer, un temps indispensable pour être juste avec soi et écouter son âme.

Laisser passer la vague, guetter le rayon de soleil qui vient nous réchauffer, accueillir l'embellie, et ne pas lutter contre ces moments-là.

Savoir se laisser bercer par l'eau finalement, en attendant qu'elle passe, ne pas lutter contre les larmes, ne pas se crisper contre soi-même.

Peut-être faut-il parfois laisser sortir un peu de tristesse pour la transformer en joie?

Ma vie est belle, elle est à l'image de ce que j'espérais, elle est plus douce chaque jour, je suis extrêmement reconnaissante d'être arrivée où j'en suis.

C'est justement pour qu'existent encore ces moments pour cette âme, cette âme qui a tant souffert, tant de fois tambouriné dans mon corps, tant de fois réclamé mon attention.

Alors,j'apprends à danser avec elle, j'apprends à l'aimer quand je suis sous la vague, à ne pas la rejeter.

Chaque jour, j'espère voir un arc-en-ciel.....et je vous vois.

La vague est passée.

Je vous embrasse.





10 oct. 2016

Une fois, cinq minutes. (ceci est une fiction)

Une fois, pendant cinq bonnes minutes, je me suis demandé ce que ça aurait changé d'être un homme.

Dans ma situation j'entends, pas pour être capitaine d'un bateau vert et blanc, d'une élégance rare et plus fort que l'ébène. Non, non ça c'est une autre histoire. Et puis j'ai déjà vu Bergame, ça va merci.

Si j'avais été un homme, serai-je parvenue à mes fins plus rapidement? Aurais-je pensé différemment, serais-je arrivée plus loin plus vite?

M'aurait-on pris en considération? Aurait-on trouvé mon parcours "atypique", au lieu de le trouver "courageux"?

M'aurait-on félicité sur mon parcours, qualifié "d'autodidacte" plutôt que "difficile à suivre"?

M'aurait-on interrogé sur mon célibat, m'aurait-on pressé pour que j'aie des enfants, à mon âge?

Je me suis posé la question.

Je sais ce qu'est être une femme, je le sais bien et je suis trés heureuse d'être qui je suis, mais évidemment parfois, on s'interroge.

Etre un homme, ça veut dire quoi exactement? Franchement, je n'en sais rien du tout, et ce n'est pas un billet inutile qui vise à remplir les vides, ou à faire du buzz, c'est une vraie interrogation.

Qu'est ce qui différencie les pensées d'un homme et d'une femme?

Si j'avais été un homme, issu de ma famille, serai-je allé au bout de mes études de droit pour devenir avocat? Si j'étais devenu avocat, aurais-je trouvé rapidement une place dans une collaboration épanouissante, me permettant de gagner ma vie, d'épargner, de me faire une clientèle personnelle confortable, et de m'associer? 

Aurais-je eu du succès avec les femmes, et en aurais-je choisi une pour m'accompagner sans me poser de questions sur mon moi profond, mes aspirations, mes volontés?

Aurais-je fondé une famille, acheté une maison? Voyagé deux fois par an, fait du sport, me serais-je interrogé sur ma place dans le monde, sur ma citoyenneté, ma consommation?

Ou alors aurais-je suivi le même parcours qu'aujourd'hui? C'est à dire, tout quitter parce que je me serais rendu compte que le métier d'avocat n'était pas fait pour moi, l'effet miroir aurait il fonctionné avec la souffrance de mes amis? Aurais-je réussi à devenir prof d'italien, ou de français tiens? Aurais je été plus libre, plus fou, plus entreprenant? Aurais-je tout quitté pour partir au Québec pour une année, tenté ma chance et en serais je revenu?

Aurais-je entrepris tout ce parcours initiatique, toute cette réflexion sur moi-même, ce travail de longue haleine, ou bien aurais-je nié les peurs, les héritages du passé?

Aurais-je été charmant, drôle, beau, intelligent, cultivé? Aurais-je au contraire été pédant, condescendant, entêté, péremptoire, fier?

Une chose me semble à peu près acquise, si j'avais été un homme, on m'aurait pris- plus vite- au sérieux, on aurait salué mes prises de décision, ma famille m'aurait vraiment épaulé, personne n'aurait pensé que j'étais mal barré ou instable, j'aurais été peut-être vu comme quelqu'un de différent, mais on aurait pensé bien me connaître, et donc, on ne m'aurait pas jugé.

Si j'avais été un homme....j'en sais rien dans le fond, sans doute aurais-je fait d'autres choses, ou peut-être exactement les mêmes choix, Mais je ressens au fond de moi que rien n'aurait été pareil, et sans doute plus facile, vu la situation du pays dans lequel je vis, et bien sûr comme c'est une démocratie en temps de paix on croirait a priori qu'être une femme en 2016 en France ouvre des portes....

Puis les cinq minutes se sont écoulées. Et j'ai repris mes activités là où je les avais laissées.

Se projeter de manière fictive, sur une autre option de soi-même peut sembler une perte de temps, en fin de compte, à quoi cela m'aura-t-il servi?

Au moins à confirmer que je suis heureuse d'être la femme que je suis aujourd'hui, heureuse d'être une femme tout court, je n'ai peur de rien maintenant, depuis que je me connais, et je n'ai pas envie d'être quelqu'un d'autre.

Et aussi à me démontrer qu'intérieurement, je ne me sens pas moins valable, moins forte, moins courageuse ou moins réfléchie que si j'avais été un homme.

Ces cinq minutes ne m'ont pas bouleversée, elles ont juste été une rêverie sortie de nulle part.

Ou bien c'est quand j'ai décidé d'assumer ce que j'étais, et que je me suis dit tiens, en fait, ce que je veux c'est devenir écrivain. Et ça s'écrit au masculin.

(Bonus track dans le titre :))

4 oct. 2016

C'est l'histoire d'un olivier....

Ecrire, c'est toujours le début de quelque chose, le début d'un chemin, le début d'une trajectoire même et c'est comme enfiler des baskets et sortir prendre l'air, indispensable, intense, important.

Même le moindre gribouillis, même les trois lignes griffonnées, même une petite carte postale glissée dans une boîte aux lettres, écrire, c'est toujours un moment important.

Ne pensez pas, mes chers amis, que je n'aie pas écrit durant l'été, j'ai écrit de nombreuses lignes, de nombreux mots, parce qu'ils me sont chers, et surtout, j'ai vécu.

Aux côtés d'un vieil homme souriant, qui avait oublié tant de choses, mais jamais de sourire, qui savait encore trouver le courage de sourire et de ne jamais se plaindre, qui jouait aux cartes et s'émerveillait de tout, car chaque minute était pour lui une nouveauté, une chance, quand pour les autres ce n'était qu'une incessante répétition des mêmes phrases et des mêmes mots.

J'ai caressé sa main, et l'ai posée dans la mienne, j'ai regardé son visage pour l'imprimer dans ma tête, j'ai ri avec lui, j'ai raconté des blagues et des bêtises pour surmonter mes larmes, et jusqu'à la fin, avant qu'il ne s'endorme, paisiblement, j'ai pu voir ce sourire, cette joie de vivre, cet héritage précieux.

Mon grand-père, qui écrivait des inventaires à la Prévert, qui comptait les heures et les jours qui séparaient chacune de nos visites, qui faisait toujours le clown et avait toujours le bon mot, qui me disait que j'étais jolie, à chacune de nos rencontres, cet homme qui pour moi était un exemple de courage, de ténacité, de force, et qui m'a aimée, je le sais, je le voyais dans ses yeux, qui était fier de moi, est parti étinceler dans le ciel et veiller sur moi .

J'aurai voulu lui dire, à mon tour, que j'étais fière de lui, fière de son audace, d'avoir tenté sa chance au recrutement des Houillères françaises qui venaient chercher de la main d'oeuvre dans sa Calabre natale, et d'avoir persévéré, d'avoir osé quitter son pays pour tenter sa chance ailleurs, mon Jack Dawson à moi, d'être venu piquer le charbon sous terre, tous les jours pendant 30 ans, d'avoir accepté de se salir, les mains, le front, les poumons, d'avoir fondé sa famille, d'avoir bâti sa maison et d'avoir travaillé la terre, et surtout d'avoir continué à siffloter, à rire, à nouer des amitiés et à m'apprendre le dialecte de son village.

Non, ce n'était pas un héros, pas du tout, non il n'était pas parfait, il était même loin de l'être à bien des égards, mais il était humain, et en tant que grand-père il a été formidable, et c'est tout ce que je lui demandais.

Quand il s'est éteint, je débutais une série d'entrevues pour la rédaction d'un livre, toujours en cours d'écriture, et j'allais rencontrer d'anciens mineurs, le jour suivant. 

Et le hasard (ou bien mieux, lui même) m'a fait débuter dans une ville à une trentaine de kilomètres de chez lui, chez un ancien journaliste, qui m'accueillait à son domicile. Au moment de prendre congé, deux heures plus tard, on sonne à la porte. J'étais debout, prête à partir, quand un autre Monsieur que je devais rencontrer, venait rendre visite à celui que je venais d'interroger.

Le hasard?C'est que non seulement il connaissait mon grand-père, mais qu'en plus il avait travaillé avec lui, au fond, dans son équipe! Qu'il l'avait connu dans sa jeunesse, dans son bel âge et que ce qu'il m'a raconté de lui ne pouvait que me faire sourire.

J'ai toujours eu le réflexe de changer un événement négatif en carburant positif, et c'est toujours dans ce trait de temps, que je devais peaufiner mon projet professionnel pour cette année.

Ayant décalé d'un an mon entrée à l'Ecole Supérieure de Journalisme, faute de financement suffisant, il m'avait fallu rebondir, je m'étais tournée vers la fac, mais étant dans un cas particulier au Pôle emploi, il n'était pas possible d'aller au bout de ce projet.

Je me retrouvais donc sans activité, ni formation, durant un an.  Pour pouvoir collaborer avec l'éditeur qui publie le livre que je rédige actuellement, il fallait que je trouve une solution , ayant déjà amèrement subi les affres de" l"indépendance", je refusais de me brûler de nouveau.

Et notre entourage sachez-le, est peuplé de pépites: une de mes amies déborde d'idées et de projets en faveur des écosystèmes, de la biodiversité, et du commerce équitable, et a toujours de bons tuyaux qu'elle ne garde pas pour elle :)

Résultat: j'ai passé le coup de fil, j'ai assisté à la réunion, j'ai fait mon entretien individuel et mon entrée chez Grands Ensemble, une coopérative salariale lilloise.

Mon projet est simple: écrire, mais pas n'importe comment. D'une part, collaborer avec un éditeur pour des rédactions sur le long terme, de l'autre, écrire pour les autres, écrire ce qu'il y a de plus positif et dont les gens sont le plus fiers, et qu'ils souhaitent transmettre à leurs proches.

Et c'est mon grand-père qui m'a donné cette idée. Quand j'étais petite, il me racontait parfois des bribes de sa vie, et je n'ai pas écrit. Quand j'ai grandi, je n'ai pas trouvé le temps. Quand j'ai eu le temps, la maladie d'Alzheimer avait commencé à grignoter sa mémoire.

Mais j'ai souvent comparé mon grand-père à un arbre, un olivier, ces arbres que l'on admire à perte de vue au village.... Avec les fruits sur les branches tortueuses et les racines solides bien ancrées dans la terre.

L'olivier sera mon image, l'image de mon entrepreneuriat salarial. Et je lui donnerai son nom, mon nom, une façon de lui rendre hommage, une façon de raconter des histoires, de façon positive, ce que j'ai gardé de ce qu'il m'a appris.

Ce projet se met en place pendant cette année, se développera les prochains mois et me permettra, je le souhaite, de percevoir un salaire l'an prochain, on dirait de la magie non?

J'ai eu cette chance, ce répit, ces quatre mois, cette parenthèse, où j'ai pu l'embrasser chaque semaine,et lui dire combien je l'aime, à lui qui, avant de s'endormir, a ri, souri et m'a pris dans ses bras.

Je ne peux pas mieux l'expliquer, ce qui nous unissait perdure au-delà de l'absence physique, parce que ces liens sont solides comme l'olivier, et leurs racines sont profondes.

A dire vrai, j'aurais voulu qu'on fasse résonner un accordéon dans cette église, j'aurais voulu qu'on entonne une tarantella, et qu'on garde de lui un souvenir positif, un sourire contagieux, une bonne humeur, un honneur et une fierté. 

Et c'est pour ça que j'écris. Infatigablement, pour raconter des histoires, pour recueillir des confidences, pour prendre le temps.

Cette année de césure est une chance, une aubaine finalement, là où j'ai dû sans cesse me retourner et m'interroger.

J'ai trouvé sur cette route, une étoile pour me guider. Ma voie, l'écriture, je l'embrasse et l'assume, je sais ce que je veux, je sais pourquoi je me lève, je ne prends aucun risque, j'ai fait ce qu'il fallait pour ça.

Apaisée, je sais de quoi seront faites mes journées, peuplées de destins et de rencontres, de liens et de confiance, de champs d'olivier, de souvenirs à transmettre et d'informations à développer. 

Parfois, à vouloir trop aller vite, on se perd, à trop vouloir entrer dans un chemin tracé on s'égare, à ne pas s'écouter on se trahit.

Parfois, prendre le temps de vivre, de réfléchir, de se poser, nous aide à être sur le chemin fait pour nous.

J'ai pris des tas de décisions ces dernières semaines, j'ai vécu des mois éprouvants, maintenant, je porte en moi un cadeau, une chance, une inspiration, un héritage,: la joie d'être là.

Croyez en vous, quoi que vous fassiez, faites vous confiance, observez, regardez, écoutez les messages que vous envoie la vie.

Mon ciel est peuplé d'étoiles, deux d'entre elles m'ont beaucoup appris et enseigné.

Et aujourd'hui, grâce à ces enseignements, je deviens qui je suis et je dis MERCI.

Je vous embrasse. (et je reviens plus vite que ça! vous m'avez manqué!!)



Ps: il y a une petite surprise dans le titre :)

Y a des copains!