27 mai 2016

Body and soul (again and again)

Au début, il y avait un petit corps qui ne pesait pas trés lourd, mais son poids quand même, un petit nez et des petits yeux et puis des petites mains et des petits pieds.

Aux mots de joie, se sont succédés des mots d'angoisse, quand on a prononcé un verdict, hypothyroïdie congénitale, et qu'on a d'emblée versé une croyance sur la joie de parents: absence de thyroïde, médicament à vie, croissance compliquée, évolution incertaine, bref, kiffes ta vie de parent.

La vie a quand même pris le dessus, parce que ce petit être que j'étais avait visiblement envie d'être là, de participer à l'histoire et de grandir juste pour voir un peu ce qui pouvait se passer.

Et puis le nourrisson a grandi, les facultés psychologiques aussi, et d'autres diagnostics ont été posés, d'autres certitudes, qui aujourd'hui expliquent la sensibilité accrue, la détermination, l'incapacité à choisir une voie, le caractère autodidacte, l'impossiblité à être "casée", la facétieuse "précocité".

Le corps, lui, a continué à évoluer, à croître, à grandir, jusqu'à l'adolescence, jusqu'à l'âge adulte où les formes apparaissent, mais toujours en harmonie, avec ce traitement, à vie, avait-on dit, et cette croyance, chevillée au corps.

Et l'âme a suivi le mauvais chemin, alors le corps, pour ne pas rester sans rien faire sur le côté, a construit une muraille, une enceinte, une carapace pour ne pas trop abîmer l'âme à l'intérieur, pour la protéger, pour quand elle reviendrait à elle, un jour.

Un jour, en effet, l'âme comme vous le savez, a dit "assez", et le corps a dit "merci", ils se sont réconciliés, puisque le corps a fait tomber les barricades, a fissuré la carapace, et s'est delesté du poids d'un corps (42 kgs, c'est quand même quasiment un autre être humain!C'est fou, non?)

Que dire d'autre à ce corps que ce mot fabuleux: merci. Merci de m'avoir protégée, merci d'avoir été un rempart, merci d'avoir réussi à me ramener à la vie intacte, merci d'avoir pris les coups, merci de t'être mis en avant pour me sauver.

Car il est temps d'en prendre soin, les chevilles pour commencer. Elles ont supporté ce poids mort, elles ont dû avancer jusqu'à la ligne d'arrivée, sans faillir, elles ont été tordues, foulées, écrasées, elles ont eu mal. Alors maintenant je les masse, je les caresse, je leur souris.

Les pieds, ils m'ont portée là où je suis aujourd'hui et ne m'abandonnent jamais même quand je leur fais du mal dans des escarpins pointus. Ils sont là, et à eux aussi, je dis merci.

Les genoux, si souvent estropiés, si souvent endoloris d'avoir foulé les pavés lillois quand la vie me poussait contre le sol pour me réveiller, si souvent gonflés, rougis, si longtemps maltraités, traduisant les blessures relationnelles du je-nous, comment ne pas leur rendre hommage et les remercier aujourd'hui, de fonctionner si bien quand je les emmène courir au petit matin?

Les cuisses, si souvent malmenées, maltraitées, regardées de travers, pas assez comme si, un peu trop comme ça, je les aime voilà, elles ne sont pas encore revenues totalement à elles, mais elles bossent dur, et elles méritent mon plus grand respect et ma gratitude.

Le ventre et les hanches, tant ignorées, tant évitées du regard car elles ne m'aparaissaient jamais suffisament jolies ou linéaires, ou harmonieuses, ou que sais-je encore. Pourtant c'est là que siège le deuxième cerveau, c'est là que vivent nos émotions profondes, alors, comment ne pas les remercier?

La poitrine. Ah, les filles, merci, merci d'avoir tenu le choc, quand j'ai cru vous perdre parce que bien souvent les croyances prennent le dessus, et les peurs n'en parlons pas. Je suis tellement reconnaissante envers vous et votre capacité à faire de moi une femme, et à protéger mon coeur.

Les épaules, vous avez tant enduré les filles vous aussi. Tant porté de poids, de douleurs, de souffrances, tant de lourdes responsabilités, merci d'avoir tenu le coup, et d'avoir repris votre forme initiale.

La thyroïde....bienvenue mademoiselle, moi qui te croyais inexistante, je t'ai vue sur l'écho, si si, tu es là, malgré ce qu'on a pu dire de toi, tu es une petite bande millimétrique comme je le suis à l'échelle de l'univers, et ce n'est pas rien. Merci d'avoir su rester discrète sans avoir disparu, merci d'être là, on va te réveiller en douceur, tu vas te muscler, tu vas voir :)

Le visage....les yeux, la bouche, le front, les joues, les fossettes longtemps cachées, les pommettes redessinées, merci les copains. J'avoue j'en ai bavé pas vous, mes amours? Avant d'avoir eu vent de vous, mes amours.....Ayé, on est revenu! Merci de vous être rallumés et de fonctionner comme si de rien.

Merci mon corps, merci. Je t'ai malmené, alors que toi tu me protégeais, aujourd'hui, je prends soin de toi, je te gomme, je t'exfolie, je te masse, je t'hydrate, je t'offre des soins, je prends soin de toi, je te tonifie, je te muscle, je voudrais te remercier au centuple pour tout ce que tu m'as apporté pendant les années de coma où je t'ai oublié, mal parlé et regardé de travers.

Je te demande pardon, parce que tu es un ami merveilleux, un allié, un fantastique magicien, qui sait s'étendre pour faire barrage aux douleurs et se tendre comme un arc pour parer aux flèches de la vie.

Quand j'entends face au miroir de la boutique où je travaille ces temps-ci, le nombre de critiques que les corps reçoivent chaque jour par leur locataire, je ne peux résister à l'envie de leur montrer combien leur corps est beau tel qu'il est, comme elles se trompent quand elles trouvent que c'est leur corps qui doit s'adapter au vêtement qu'elles essaient, et non l'inverse.

Le corps, ce véhicule de l'âme, cette monture qu'il convient de ménager, ce miracle, qui fonctionne à la perfection, comme une horloge, où tout est fait pour s'articuler ensemble, qu'il soit grand ou petit, large ou mince, il est un miracle, ce coeur qui bat, sans raison apparente, ces yeux qui nous permettent de voir, cette langue qui nous permet de parler, ces mains de toucher, ces jambes de marcher....

Je n'ai que trés tardivement pris conscience de mon corps, je n'ai que trés récemment, découvert comment il fonctionnait, quels étaient ses composantes, quel était mon rhésus sanguin, ma tension artérielle, mon pouls, comment savoir si l'on va bien ou mal, si on ne sait rien de soi?

Comment accepter de s'en remettre aux avis extérieurs si on n'est pas curieux soi-même?

Sans devenir des génies de médecine, une simple observation du corps et de son fonctionnement suffit me semble-t-il pour remarquer quand cela va ou non.

Rien que de respirer est un miracle, avez-vous déjà essayé de vous concentrer sur votre respiration? C'est surprenant, quand on se concentre sur une action que l'on fait sans réfléchir, on est presque bloqué. Pourtant, en inspirant et expirant profondément, on se sent apaisé immédiatement. Nouvelle découverte!

Et pour terminer cet exercice de gratitude, je voulais vous montrer la vidéo d'un exercice de méditation extraordinaire découvert lui aussi,  il y a quelques jours, la méditation du sourire.

Imaginer que les parties de notre corps sourient, provoque une joie que je ne saurais décrire.

Je voulais vous dire que nous sommes chanceux, que ces dernières semaines éprouvantes, où l'avis médical donnait mon grand père mourant le 11 mai, ignorait qu'il mangerait des spaghetti ce midi, où finalement s'il est en sursis lui, nous aussi, mais qu'en s'aimant, en étant bienveillants avec notre corps et notre esprit, comme on le serait avec quelqu'un qu'on aime, alors peut-être que l'on avancerait de manière plus sereine sur le chemin de la vie.

Oui, je suis trés philosophe ces temps-ci. Je lis beaucoup. Je n'ai plus de télé. J'ai décidé d'être heureuse, c'est bon pour la santé.

Vous ne me croyez pas? Essayez.

Je vous embrasse trés fort.





2 commentaires:

Anita a dit…

Très touchant ce témoignage mais difficile à lire sur fond jaune avec mes yeux de quinqua 😖

Y a d'la joie! a dit…

Merci beaucoup Anita❤ je vais essayer de rajouter de la couleur sur le texte c'est promis 😉

Y a des copains!