Socrate et Isalou.

Aujourd'hui, c'est le grand crédo, être soi-même est presque devenu une injonction, une obligation même, on pêche par excès, une fois encore, après avoir passé tant d'années à cacher nos sentiments, à avoir dû être la version parfaite de nous ,qu'exigeaient nos parents, nos maîtres ou nos référents.

J'ai été cette version, je le sais, et je l'assume aujourd'hui. Obéissante, docile et muette quand c'était le moment, j'ai enfoui au fond de moi ce que j'étais vraiment pour être exactement ce qui était attendu. 

J'ai cru devoir être parfaite jusqu'à un jour où j'ai craqué. Mon vrai moi en a eu ras le bol.

Ras le bol d'être sérieuse et raisonnable au-delà de ce que ma nature me demandait d'être, ras-le-bol de me taire et surtout ras-le-bol de ne pas assumer qui j'étais.

Je ne me suis pas teint les cheveux en rouge en arrachant mes vêtements sur la Place de la République, (ma nature n'avait pas envie en fait, et tant mieux) mais j'ai arrêté ce que je ne voulais plus faire, j'ai arrêté de prendre des coups pour les autres, j'ai arrêté d'être quelqu'un d'autre, j'ai rangé mon costume et je suis allée voir dehors ce qui se passait.

En arrêtant d'exercer un métier aussi noble, aussi codifié, aussi bien vu, bref, en arrêtant un métier respecté, j'ai sans doute fait peur à des tas de gens. A commencer par ma famille, mon père et tous ceux qui m'entouraient et qui étaient fiers de cette réussite.

Ma nature a dit assez! Arrête de te cacher! Arrête tu mets ta vie en danger à vouloir entrer dans une case alors que tu n'es pas "casable" arrête de vouloir être parfaite aux yeux des autres, aime-toi, sauve-toi.

Alors, j'ai saisi ma chance, j'ai saisi ma nature, et j'ai dit d'accord.

Mes amis, ça n'a pas été de tout repos. Ces quasi trois années m'ont demandé du travail et de la rigueur, malgré les moments d'abattement, malgré les épreuves et le découragement, je ne sais plus vraiment comment j'ai fait ,mais je suis là, et je suis moi.

Qui suis-je donc?

Une femme, et rien que pour écrire ça j'ai travaillé deux ans.

Comment faire? Personne ne me l'avait appris. J'ai longtemps été juste là, j'ai longtemps été une fille, et j'ai cherché comment faire pour être la version adulte de cette fille. Un jour j'ai arrêté de chercher, et mon corps a répondu à chacune de mes questions. 

Mais la claque a été trés violente, parce qu'être une femme faisait reposer sur mes frêles épaules fragiles une responsabilité induite par la société, par nos croyances et par la "normalité" des gens qui nous entourent.

J'ai donc souffert (!!!!!!!!!!!) de voir mes amis se marier, j'ai souffert le martyr de jalousie, d'envie, de solitude, de peur, d'angoisse, d'apprendre les naissances de leurs enfants, qui me renvoyaient à un échec, celui que je croyais être le mien, et si j'utilise l'imparfait, c'est bien parce que c'est terminé et que j'ai dépassé tous ces stades.

Je n'ai pas d'obligation, je n'ai pas de concours à faire, mais quand j'ai compris que j'étais une femme, vers 30 ans, j'ai pris peur. J'ai vu l'horloge biologique avancer et j'ai flippé, et jusqu'à une date trés récente, j'ai continué à la craindre, à la redouter. 

Les années passaient et j'ai continué à attendre que quelqu'un qui me serait destiné vienne me délivrer de cette disgrâce: le célibat. Plus que tout, ce qui me pesait était l'absence d'enfant.

Puis ma grand-mère m'a dit cette phrase d'une justesse incroyable "tu n'es pas obligée de te marier, tu n'es pas obligée d'avoir d'enfants, si tu n'en as pas ce n'est pas grave".

85 ans. Calabraise. Mariée depuis 65 ans, mère de quatre enfants, grand-mère et arrière-grand-mère et elle te sort ça, avec une douceur et une sincérité désarmantes.

Ouais, t'as raison nonna, je ne suis pas obligée. Personne ne m'oblige à rien, sauf cette autre moi que j'ai été longtemps, qui m'a mis la misère pendant des années et qui au lieu de me faire ressentir de la joie pour mes amis, une joie sincère, une joie qui vient du ventre et du coeur, m'a plongé dans le désespoir.

Celle qui m'a fait dormir de mon côté du lit pendant dix ans, celle qui m'a empêché d'avancer, celle qui m'a retenu de vivre et d'aimer, celle qui m'a fait stagner, cette fille là, je peux lui dire merci sans doute, mais surtout aurevoir et à jamais.

Je ne ferme pas la porte à l'amour, pas du tout, mais j'arrête d'attendre quelqu'un pour être complète. J'arrête de conditionner mon bonheur à un événement extérieur. J'incarne mon propre bonheur, advienne ce qui doit advenir. Je n'ai plus peur. Ni d'aimer, ni de ne pas être deux.

Aujourd'hui, débarassée de cette enclume qui me faisait courber le dos, je me sens plus sereine, je ne ressens plus la pression et j'ai la chance, le luxe même, de m'être rencontrée, d'être entourée d'amis, d'avoir une vie qui me plaît, parce que je l'ai choisie, de n'avoir aucune contrainte, parce que ce qui ne dépend pas de moi, je ne dois pas en endosser la responsabilité.

Voilà, je suis une femme, et je me vois avec les mêmes yeux que ceux que j'utilise pour voir mes amis, je suis bienveillante, je suis "parfaite" à mon niveau, parce que je suis là, et ce n'est sans doute pas par hasard. Et vous c'est pareil. Mes yeux me voient jolie, c'est gentil, alors ça me convient.

J'ai des envies, j'ai des désirs, j'ai un corps, j'ai un coeur et un cerveau. Comme chacun et chacune d'entre nous.

Et puis je suis une créative, quelques-uns ont dit originale, d'autres artiste, ça me va. J'ai arrêté de m'excuser. 

Oui j'aime écrire, et oui je suis assez fière de ce que je produis, oui j'ai écrit deux livres, et j'ai hâte que le second paraisse parce que je l'aime et que j'ai envie qu'il voyage entre vos mains. Et oui, c'est super d'écrire des livres et de le voir dans les rayonnages des librairies. 

Oui, je sais faire des trucs, et oui, ça me fait plaisir. J'ai passé du temps à amoindrir mes succès, à être plus humble que l'humilité, stop. Reconnaissons ce qui est, ni plus ni moins. J'ai souvent répondu à cette exclamation: "waou! t'as écrit un livre c'est génial" "oui, mais bon, c'est pas de la grande littérature non plus".

C'est la même personne que celle qui ne voulait pas être une femme qui répondait. STOP.

"Waou t'as écrit un livre? C'est génial!" "Merci, oui, je suis contente, c'est une chance!".

C'est pas non plus la mer à boire. Et ça n'est en rien prétentieux. L'inverse en revanche est un manque de respect total envers moi-même et c'est terminé. Fini de s'excuser.

Voilà qui nous devons être, nous nous le devons, nous devons être nous-mêmes. Nous devons accepter ce que la vie nous réserve, même le bon, sans avoir besoin de se dire que quelque chose de mauvais va nous tomber sur le nez, sinon on le provoque.

Je crois aujourd'hui, trés sincèrement, que le bon qui m'est offert est un don, une chance, comme la vie l'est, éphémère. Alors je dis merci et je le prends, parce que je ne fais de mal à personne en le prenant, parce que c'est juste et ça m'est destiné.

J'ai mis trois ans pour comprendre ça. Il a d'abord fallu se débarasser de tout ce qui polluait les canaux de la gratitude. Je ne pouvais pas être reconnaissante, puisque je n'acceptais rien. Je donnais sans cesse, jusqu'à me déposséder, mais sans jamais rien accepter en retour, ce qui est trés différent d'attendre. 

J'ai arrêté d'attendre. Maintenant, j'accepte de recevoir. Et sincèrement ça change tout. 

C'est un équilibre, un échange, personne ne souffre, personne n'est lésé.

Et je le dois en grande partie à la lecture d'un article qui m'a renvoyé vers l'achat d'un livre, la magie du matin, d'Isalou Beaudet-Regen. 

Vous vous rappelez le post que j'avais publié ici sur le fait de se lever plus tôt le matin pour prendre du temps pour soi "early morning". 

J'ai mis du temps, mais maintenant j'y arrive,et ce livre y est pour beaucoup.

Je me couche à 22h et je me lève à 6h30 pour aller courir au saut du lit. Si, si, je vous assure que c'est possible.

Et ensuite, sur mon tapis dans le salon, je mets une vidéo sur mon portable, que je trouve sur Youtube, de méditation guidée. Et bien, depuis un mois, je ressens les bienfaits d'une telle pratique, après petit déjeuner, lecture, écriture même, et je me prépare pour aller travailler.

Presque trois heures pour moi toute seule le matin avant de commencer la journée.

Oui, maintenant quand on me demande ce dont j'ai besoin, je peux répondre rien. 

J'ai déjà tout ce dont j'ai besoin. "Connais-toi toi-même" disait Socrate. Challenge accepted.

J'aimerais avoir un peu plus d'aisance financière pour voyager et rencontrer des gens au bout du monde, mais en attendant je rencontre ceux du bout du couloir ou de la rue. C'est aussi une chance. C'est déjà un début.

"Tu as l'air d'aller bien" m'a écrit quelqu'un que je n'avais pas vu depuis trois ans. Tu m'étonnes.

La dernière fois qu'on s'est vus j'étais un champ de ruines. Et aujourd'hui je suis heureuse d'être en vie.

Cela doit bien servir à quelque chose. Alors j'avance, pour voir.

Je vous le raconte parce que peut-être que vous aussi aujourd'hui, pendant que
le monde s'agite dehors, vous avez besoin de vous retrouver, peut-être que vous aussi, vous avez envie de vendre votre télé et de revenir à davantage d'authenticité, peut-être que vous aussi, vous avez envie d'être vous, pour de vrai.

On peut en parler si vous voulez :)

Je vous embrasse trés fort.

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