4 mai 2015

Habeas corpus

Quand on travaille dans un métier en rapport avec le corps et l'image, on sait par avance que l'on sera confronté à des syndromes de dysmorphie.

La plupart des gens qui passent devant notre miroir à la boutique ne se voient pas comme ils sont.

Au contraire, dans le miroir, ils voient d'autres choses, une image véhiculée depuis longtemps, une image lourde de critiques et de remontrances, une image biaisée traînée depuis plusieurs années.

En tous points, les femmes d'aujourd'hui sont rares à aimer leur corps, elles n'apprécient que très peu leur image, leurs courbes, leurs formes, leur poitrine, leurs cuisses, leur ventre, sont loin d'être bienveillantes envers elles-mêmes, et se mettraient volontiers à pleurer quand on leur fait des compliments. 

Pendant des années, depuis le début des années 80 et l’émergence des tops model longilignes, les magazines féminins n'ont eu de cesse que de véhiculer l'idée qu'il fallait être mince (entendez faire un 36) pour être belle, donc pour être acceptée, donc pour s'accepter soi-même.

Au lieu de dire aux femmes que le plus important quelque soit leur corps, petit, grand, moyen, rond, ou fin,était qu'elles soient en bonne santé, ce qui tombe sous le sens, mais n'est visiblement pas vendeur.

Ainsi fait-on croire à des adolescentes dont les hanches s'élargissent et les formes apparaissent qu'elles mangent trop, qu'elles finissent par s'affamer, pour finalement grossir et maigrir à l'infini, sans jamais savoir quel est leur vrai corps, leur image, qui elles sont....

Chaque année on a droit aux sempiternels titres "maigrir avant l'été", "opération bikini" comme si cette idée était la seule qui soit valable d'être soutenue, faisant donc passer la plupart des femmes pour des insatisfaites chroniques, alors même que si elles veulent maigrir c'est pour plaire aux autres avant de se plaire à elles.

On le voit quand elles sont accompagnées de leur conjoint, qui la plupart du temps s'en fout mais comme on lui demande son avis, il hausse les épaules en murmurant un "pfff, tu fais c'que tu veux, c'est toi qui le portes" alors que la femme rêve d'être belle dans ses yeux (m'enfin bon) ou de leurs amies, qui sont rarement de bon conseil, puisqu'elles conseillent leur amie comme si elles étaient à leur place, alors qu'elles n'y sont pas.

Le regard des autres est vraiment trés important pour les femmes, puisque quand elles sont en couple, elles refusent de porter du court, "j'en connais un qui ne va pas aimer" ou quand elles rentrent avec des amies, sont plus à même d'écouter leur avis que celui des professionnels, qui eux, c'est bien connu ne sont là que pour faire du chiffre.

Et que dire de celles qui rentrent pour se convaincre que tout est trop petit et qu'elles n'entreront dans rien? Elles sont convaincues, persuadées même, accompagnées de leurs mères, qui sont là pour dire "mais non enfin, tu sais bien que tu es ronde, ça ne peut pas t'aller" et n'ont pas assez confiance en elles pour résister.

Quand elles me voient, porter des vêtements de la boutique, alors que je porte du 42 et que l'assume, elles n'en reviennent pas, et pressent le pas jusqu'à la cabine....

Il faut dire quand des boutiques du vieux Lille, des filles qui font la taille moyenne des françaises, il n'y en a pas tant que ça.....

La tendance est la même pour toutes; les femmes ne s'aiment pas assez. 

Elles voient du gros où il n'y en a pas, ou pire se voient très différemment de la réalité, mais préfèrent pleurer en silence dans la cabine que d'accepter de prendre la taille supérieure.

Des années de taille basse ont convaincu les femmes que leur taille était au niveau de leurs hanches, dés qu'elles enfilent une robe taille haute, rien ne va plus, c'est trop court! Alors que le vêtement est exactement de la même longueur qu'une robe taille "basse".

Cette tendance a fait croire à des milliers de femmes depuis trente ou quarante ans qu'elles avaient des bourrelets, alors qu'il fallait simplement leur expliquer que les jeans taille basse n'allaient pas à toutes les morphologies, loin s'en faut.

Mais comme il fallait être comme tout le monde pour être accepté.....

Venons en aux couleurs.

Le choix des couleurs est étonnant. On sait maintenant que pour attirer l'attention sur nos qualités il vaut mieux mettre les couleurs les plus claires sur ces zones, et utiliser d'autres couleurs plus foncées pour les parties de notre corps que nous aimons le moins.

Ainsi un jean brut et un top fluide à motifs, peut mettre en valeur quasiment tout type de morphologie si la coupe du jean est adaptée.

Mais vers quelles couleurs vont les femmes selon vous? Le beige, le taupe, le gris et le noir.

Des couleurs discrètes. Comme pour mieux se fondre dans la masse, disparaître, ne pas se faire remarquer.

Certaines vont jusqu'à dire "c'est ma couleur" faux! entre la couleur que vous portez le plus, et la couleur adaptée à votre carnation il y a un monde!

C'est ainsi que le fuchsia finit par être catalogué "rose barbie" "trop flashy" alors que bien assorti, il peut donner bonne mine.

Le mélange de couleurs et d'imprimés, ici aussi, semble apparaître comme totalement dénué de sens.

Mais la mode est un jeu! on peut tout faire si on est bien dans des habits qui sont faits pour notre morphologie.

C'est en cela que des émissions de Relooking sont importantes.

Pendant plusieurs années, on a suivi des codes, sans vraiment savoir qui devait porter quoi, tout le monde faisait avec les moyens du bord et c'était souvent du grand n'importe quoi.

Aujourd'hui, on doit réapprendre aux gens à s'assumer, à paraître ce qu'ils sont, au lieu d'être ultra sophistiqués quand ils paraissent mal à l'aise dans leurs vêtements.

Se sentir bien, se sentir beau ou belle, être bienveillant envers son corps, s'apprécier, ne pas voir que le mauvais ou alors faire en sorte de l'améliorer, ne sont pas des choses futiles, qui passent après le reste.

Chacun se lève le matin et croise son reflet dans le miroir. Cela va conditionner la journée. Selon ce que l'on décide d'y voir.

Quand en sortant de chez soi, on rencontre des gens qui vont apprécier, sourire, ou critiquer.

Nous ne pouvons l'ignorer. C'est un fait, où que nous allions, à moins de se sentir soit complètement en décalage avec notre corps soit parfaitement à l'aise, notre propre image de nous conditionne notre rapport aux autres.

Dans une boutique, on apprend bien plus sur l'état d'esprit des gens, leur rapport au corps et leur acceptation d'eux mêmes qu'on ne l'imagine.

Dans mon travail chaque jour, avec mon équipe de choc, j'aide les femmes à s'apprécier, à se voir et à se trouver jolies en couleur, dans des formes qui leur vont, dans des coupes qui leur plaisent.

Je suis certaine que petit à petit cela aura un impact sur leur moral et améliorera leur vie, leur estime d'elles mêmes.

Car c'est bien là l'objectif, au delà du chiffre et de la vente.

Celui qui met en valeur, celui qui se voit à l'extérieur comme à l'intérieur.

Et c'est un sacré challenge quand on voit ce qu'on demande aux femmes aujourd'hui.

Je vous embrasse.










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