27 mai 2015

Family affair

Les reflexions sur la famille se bousculent régulierement dans mon esprit depuis ces dernières semaines.

Au delà du fait qu'il s'agisse du coeur de mon prochain livre, je dois quand même essayer de trouver une réponse à ces interrogations.

Née dans une famille originaire du Sud de l'Italie, j'ai de nombreux points communs avec tous ceux et celles qui ont eux aussi grandi dans ce type de famille, patriarcale, ancrée dans les traditions, pleines de principes auxquels seuls les chefs de famille pouvaient déroger, et bien sûr un sens aigu du sacrifice.

Aussi loin que je me souvienne, mon père me répétait souvent que je ne devais pas me "sacrifier", pourtant c'est bien ce que ma grand mère (sa mère) m'avait appris: les autres passent avant tout.

Aujourd'hui dans une société où l'individu revient au centre, c'est à dire, "charité bien ordonnée commence par soi-même" ces principes qui ont gouverné ma vie depuis trés longtemps ont mis du temps à partir, à se détacher de mon cerveau.

De ces principes ressort une chose simple: il faut s'effacer; Ne pas exister, se fondre dans le décor, devenir invisible consentant, ne jamais se plaindre de la réalité qui nous afflige, mais rester sur le superficiel,

Dans toutes les familles méditerranéennes on retrouve ce schéma: on ne parle pas, on ne dit rien, tout est inné, tout est évident, tout est su.

J'ai le souvenir de certains jeunes gens en Calabre, obligés d'emmener leur mère d'un bout à l'autre de la ville, car cela était de leur devoir. J'ai la mémoire de mes amies algériennes, obligées de se taire quand au contraire elles étaient dans leur droit, obligées de courber l'échine quand elles étaient victimes d'une injustice.

Aujourd'hui, alors que deux femmes entrent au Panthéon parce qu'elles ont résisté, je me pose de réelles questions sur la place que doit occuper la famille dans notre vie.

Faisons nous des enfants pour qu'un jour ils nous servent? Ou bien faisons nous des enfants pour les guider sur un chemin, les laissant prendre leur route, faisant des erreurs, et apprenant dés lors le sens de leur propre existence?

Le rôle de la famille n'est il pas de rendre ses membres HEUREUX? La famille ne doit elle pas accepter chacun de ses membres comme il est? Ne doit elle pas juste AIMER ses enfants? Ne doit elle pas se REJOUIR des moments de bonheur des siens? Ne doit elle pas coûte que coûte SOUTENIR, ENCOURAGER les siens, quelque soit la route qu'ils empruntent?

Excusez ma naïveté, je débute.....

Mon rêve le plus cher est celui de donner la vie, de transmettre ce que j'ai appris, d'aimer un ou plusieurs je l'espère petits êtres et les amener sur le tarmac de la vie où ils pourront s'envoler.

Quelle mère serai-je , moi qui ai grandi sans elle? Aurai-je un besoin égoïste de garder mes enfants prés de moi, ou consentirai je à les laisser vivre et être? Serai je autoritaire ou au contraire laxiste?

Evidemment ces questions me travaillent alors que je ne pense qu'à eux, ces futurs amours de ma vie.

Quelles sont nos obligations vis à vis de nos familles? Doit on être présent pour elles au risque d'en oublier nos vies, comment doser la place qu'elles doivent occuper? 

Comment cesser de se justifier à propos de nos vies, comment faire pour concilier le fait d'être un membre de la famille et un être humain à part entière capable de penser par soi même et d'agir en conséquence?

Il est visiblement assez difficile, surtout en tant que femme, encore en 2015, d'exister, de penser, de faire des choix, aux yeux des familles, spécifiquement de nos propres familles.

Sous prétexte que nous sommes les membres d'un même groupe nous devrions accepter d'eux les mots désobligeants et les maux affligeants? Qui érige les règles des familles? Qui peut modifier les règles injustes?

Cela rejoint une autre de mes réflexions, qui décide des fardeaux que nous devons porter? Je pense notamment aux allemands. Ce peuple qu'on m'a appris à ne pas aimer dans mes livres d'histoire, parce qu'une poignée d'ignorants barbares avait décidé de décimer le monde, combien de temps devra t il porter ce fardeau? Quelqu'un un jour va t il enfin arriver pour l'en délivrer?

Doit on payer toute sa vie pour l'erreur d'un des nôtres? Quelqu'un peut il un matin décider que cela a assez duré, et rendre à César ce qui lui appartient une bonne fois pour toutes?

Dans son livre "Ecoute ton corps", Lise Bourbeau explique que l'on choisit la famille dans laquelle on veut naître.

Ceux et celles qui pensent qu'ils ont dû être dans un berceau voisin qu'on a sans doute échangé ont donc un début de réponse, il faut seulement chercher la raison d'un tel choix, que peuvent nous apporter ces parents que nous avons choisi? 

En tous cas, toutes ces questions font partie d'un cheminement, d'une réflexion, et pour y répondre je n'ai que l'exemple des poupées russes, qu'un jour de consultation mon ostéopathe a déballé sous mes yeux ébahis: après les avoir sorties une par une, il les a placées devant moi: les grosses d'abord, les petites ensuite, et toutes ces poupées se suivaient.

Les parents suivaient les enfants qui suivaient leurs enfants. Oui c'est exactement ça la place de nos familles, derrière nous, pour nous secourir si nous en avons besoin, et comme nous, elles doivent regarder devant, l'avenir, le futur, le progrès, par le passé, les traditions ancestrales, les mauvais souvenirs, les erreurs. 

Notre place n'est pas face à eux, et la leur face à nous, mais bien derrière nous, nous devons AVANCER ensemble de préférence, mais en tous cas, il n'est pas question de vivre tourné vers le passé.

Ces réflexions parleront sans doute aussi  à ceux et celles qui ont une famille classique, la plupart de mes amis vivant des montagnes russes d'émotions familiales se retrouveront en revanche parfaitement.

J'ai vraiment hâte de rentrer dans ce rôle, j'ai peur bien sûr, mais toutes ces heures de réflexion, ces lectures, cette loooooongue thérapie psychologique m'aideront le moment venu.

J'ai confiance en ma capacité à aimer, à élever au sens figuré mes futurs enfants, j'aimerai que cette confiance s'étende à celle plus relative, en mon destin, je ne pourrais me résoudre à ne pas devenir mère.

Pour cela pas besoin de boules de cristal ou de voyantes extralucides, je suis enfin devenue lucide moi même sur ma propre existence, j'ai confiance, j'attends.

D'ici là, j'espère avoir pu vous aider à y voir un peu plus clair dans vos family affair....et vous embrasse :)

A très vite.



4 mai 2015

Habeas corpus

Quand on travaille dans un métier en rapport avec le corps et l'image, on sait par avance que l'on sera confronté à des syndromes de dysmorphie.

La plupart des gens qui passent devant notre miroir à la boutique ne se voient pas comme ils sont.

Au contraire, dans le miroir, ils voient d'autres choses, une image véhiculée depuis longtemps, une image lourde de critiques et de remontrances, une image biaisée traînée depuis plusieurs années.

En tous points, les femmes d'aujourd'hui sont rares à aimer leur corps, elles n'apprécient que très peu leur image, leurs courbes, leurs formes, leur poitrine, leurs cuisses, leur ventre, sont loin d'être bienveillantes envers elles-mêmes, et se mettraient volontiers à pleurer quand on leur fait des compliments. 

Pendant des années, depuis le début des années 80 et l’émergence des tops model longilignes, les magazines féminins n'ont eu de cesse que de véhiculer l'idée qu'il fallait être mince (entendez faire un 36) pour être belle, donc pour être acceptée, donc pour s'accepter soi-même.

Au lieu de dire aux femmes que le plus important quelque soit leur corps, petit, grand, moyen, rond, ou fin,était qu'elles soient en bonne santé, ce qui tombe sous le sens, mais n'est visiblement pas vendeur.

Ainsi fait-on croire à des adolescentes dont les hanches s'élargissent et les formes apparaissent qu'elles mangent trop, qu'elles finissent par s'affamer, pour finalement grossir et maigrir à l'infini, sans jamais savoir quel est leur vrai corps, leur image, qui elles sont....

Chaque année on a droit aux sempiternels titres "maigrir avant l'été", "opération bikini" comme si cette idée était la seule qui soit valable d'être soutenue, faisant donc passer la plupart des femmes pour des insatisfaites chroniques, alors même que si elles veulent maigrir c'est pour plaire aux autres avant de se plaire à elles.

On le voit quand elles sont accompagnées de leur conjoint, qui la plupart du temps s'en fout mais comme on lui demande son avis, il hausse les épaules en murmurant un "pfff, tu fais c'que tu veux, c'est toi qui le portes" alors que la femme rêve d'être belle dans ses yeux (m'enfin bon) ou de leurs amies, qui sont rarement de bon conseil, puisqu'elles conseillent leur amie comme si elles étaient à leur place, alors qu'elles n'y sont pas.

Le regard des autres est vraiment trés important pour les femmes, puisque quand elles sont en couple, elles refusent de porter du court, "j'en connais un qui ne va pas aimer" ou quand elles rentrent avec des amies, sont plus à même d'écouter leur avis que celui des professionnels, qui eux, c'est bien connu ne sont là que pour faire du chiffre.

Et que dire de celles qui rentrent pour se convaincre que tout est trop petit et qu'elles n'entreront dans rien? Elles sont convaincues, persuadées même, accompagnées de leurs mères, qui sont là pour dire "mais non enfin, tu sais bien que tu es ronde, ça ne peut pas t'aller" et n'ont pas assez confiance en elles pour résister.

Quand elles me voient, porter des vêtements de la boutique, alors que je porte du 42 et que l'assume, elles n'en reviennent pas, et pressent le pas jusqu'à la cabine....

Il faut dire quand des boutiques du vieux Lille, des filles qui font la taille moyenne des françaises, il n'y en a pas tant que ça.....

La tendance est la même pour toutes; les femmes ne s'aiment pas assez. 

Elles voient du gros où il n'y en a pas, ou pire se voient très différemment de la réalité, mais préfèrent pleurer en silence dans la cabine que d'accepter de prendre la taille supérieure.

Des années de taille basse ont convaincu les femmes que leur taille était au niveau de leurs hanches, dés qu'elles enfilent une robe taille haute, rien ne va plus, c'est trop court! Alors que le vêtement est exactement de la même longueur qu'une robe taille "basse".

Cette tendance a fait croire à des milliers de femmes depuis trente ou quarante ans qu'elles avaient des bourrelets, alors qu'il fallait simplement leur expliquer que les jeans taille basse n'allaient pas à toutes les morphologies, loin s'en faut.

Mais comme il fallait être comme tout le monde pour être accepté.....

Venons en aux couleurs.

Le choix des couleurs est étonnant. On sait maintenant que pour attirer l'attention sur nos qualités il vaut mieux mettre les couleurs les plus claires sur ces zones, et utiliser d'autres couleurs plus foncées pour les parties de notre corps que nous aimons le moins.

Ainsi un jean brut et un top fluide à motifs, peut mettre en valeur quasiment tout type de morphologie si la coupe du jean est adaptée.

Mais vers quelles couleurs vont les femmes selon vous? Le beige, le taupe, le gris et le noir.

Des couleurs discrètes. Comme pour mieux se fondre dans la masse, disparaître, ne pas se faire remarquer.

Certaines vont jusqu'à dire "c'est ma couleur" faux! entre la couleur que vous portez le plus, et la couleur adaptée à votre carnation il y a un monde!

C'est ainsi que le fuchsia finit par être catalogué "rose barbie" "trop flashy" alors que bien assorti, il peut donner bonne mine.

Le mélange de couleurs et d'imprimés, ici aussi, semble apparaître comme totalement dénué de sens.

Mais la mode est un jeu! on peut tout faire si on est bien dans des habits qui sont faits pour notre morphologie.

C'est en cela que des émissions de Relooking sont importantes.

Pendant plusieurs années, on a suivi des codes, sans vraiment savoir qui devait porter quoi, tout le monde faisait avec les moyens du bord et c'était souvent du grand n'importe quoi.

Aujourd'hui, on doit réapprendre aux gens à s'assumer, à paraître ce qu'ils sont, au lieu d'être ultra sophistiqués quand ils paraissent mal à l'aise dans leurs vêtements.

Se sentir bien, se sentir beau ou belle, être bienveillant envers son corps, s'apprécier, ne pas voir que le mauvais ou alors faire en sorte de l'améliorer, ne sont pas des choses futiles, qui passent après le reste.

Chacun se lève le matin et croise son reflet dans le miroir. Cela va conditionner la journée. Selon ce que l'on décide d'y voir.

Quand en sortant de chez soi, on rencontre des gens qui vont apprécier, sourire, ou critiquer.

Nous ne pouvons l'ignorer. C'est un fait, où que nous allions, à moins de se sentir soit complètement en décalage avec notre corps soit parfaitement à l'aise, notre propre image de nous conditionne notre rapport aux autres.

Dans une boutique, on apprend bien plus sur l'état d'esprit des gens, leur rapport au corps et leur acceptation d'eux mêmes qu'on ne l'imagine.

Dans mon travail chaque jour, avec mon équipe de choc, j'aide les femmes à s'apprécier, à se voir et à se trouver jolies en couleur, dans des formes qui leur vont, dans des coupes qui leur plaisent.

Je suis certaine que petit à petit cela aura un impact sur leur moral et améliorera leur vie, leur estime d'elles mêmes.

Car c'est bien là l'objectif, au delà du chiffre et de la vente.

Celui qui met en valeur, celui qui se voit à l'extérieur comme à l'intérieur.

Et c'est un sacré challenge quand on voit ce qu'on demande aux femmes aujourd'hui.

Je vous embrasse.










Y a des copains!