2 oct. 2014

Ici et maintenant

Le personnage principal de ce film est une femme, la trentaine, bien dans ses baskets aujourd'hui.

On la voit de dos, elle cuisine, debout, elle choisit ses aliments, avec précaution, pèse ses pâtes au maïs et retourne ses lardons dans la poêle, la musique ambiante est l'album des London Grammar, l'ambiance est calme, cosy, la cuisine est baignée de lumière.

Ses cheveux bruns sont relevés en chignon et font apparaître quelques mèches plus claires ça et là, elle incline sa tête pour se laisser caresser par un rayon de soleil qui entre la chatouiller alors qu'elle verse la crème soja sur la préparation.

Elle n'est pas seule, un petit chat noir vient se frotter à ses jambes, pour lui témoigner de l'amour sans doute, pour la remercier des courses et de son régal quelques instants plus tôt.

Elle est de dos, mais on sait qu'elle sourit.

On peut le ressentir, le deviner, elle n'est pas seulement de bonne humeur, elle est heureuse, ici et maintenant.

Flash back à ce moment du film. On la voit, l'année précédente, plus forte, différente, presque méconnaissable, les traits tirés, rongée par le doute et l'angoisse, on la voit franchir les obstacles, mettre un terme à une carrière qui la rendait malheureuse, ces dernières heures, tremblante, en larmes, qui mettent fin à la souffrance face à un système qu'elle ne parvient pas à dompter.

On la voit, dans sa chambre, arracher des laies de tapisserie, jeter frénétiquement des documents, remplir des sacs poubelles, des valises, on la voit respirer, imaginer, une nouvelle couleur, un nouvel horizon.

On la suit dans ses démarches pour trouver un petit boulot, tout reprendre à zéro, les heures d'inquiétude mais la certitude d'avoir fait les bons choix. 

On voit les livres qui s'entassent, la bonne nouvelle enfin! un travail! 

On la voit avec ses amis, ceux qu'elle ne voyait plus, ceux qu'elle a découverts, ranger ses documents dans des pochettes, avancer, donner des sacs de vêtements à la croix rouge et en sortir grandie....que de chemin parcouru!

Retour dans la cuisine, elle s'avance vers la fenêtre et regarde au loin, pardessus les toits.

Le ciel est bleu pour un mois d'octobre c'est plutôt positif pense-t-elle.

Elle attend que les pâtes cuisent, une carbonara, ça doit faire au moins un an et demi qu'elle n'en a pas mangé, c'est un jour de fête, un jour spécial.

Elle regarde avec minutie chaque chose qui l'entoure, sa machine à coudre toute neuve qu'elle trépigne d'utiliser, ses feutres et ses crayons dispersés sur la table, son ordinateur qui résiste encore, son salon, les plantes, chaque chose à sa place, ses magazines, elle sourit.

Ce sourire ne la quitte plus, même quand il ne se voit pas physiquement ses yeux sourient pour elle.

Cette sérénité qui se dégage de ces plans séquence c'est la sienne, elle est revenue de si loin.

Ses yeux se posent sur une photo encadrée, une autre jeune femme, brune, y sourit en baissant les yeux.

Tout ce qui se passe aujourd'hui a commencé avec la vie de cette femme sur la photo, avec cette photo, avec le Holstee Manifesto encadré à ses côtés, qui trône en bonne place dans le salon jusqu'aux Quatres accords totlèques dans un cadre au dessus de l'armoire vidéo.

Cette femme sur la photo est éternelle, elle existe dans chaque action du personnage principal, dans chacune de ses étapes.

Elle est sur le siège d'à côté quand elle monte dans le train, elle lui tient la main quand elle passe un obstacle, elle veille sur elle quand elle sent que la fatigue est grande, attentive, bienveillante, facétieuse.

L'héroïne de notre film est émue, elle sourit avec tendresse et reconnaissance, puis repose la photo et part se laver les mains avant de passer à table.

Elle n'allume pas la lumière, elle croise son regard dans le miroir et là, dans l'obscurité de sa salle de bains, elle se regarde et voit deux points briller dans le clair obscur: ses yeux qui sourient.

Elle est bien cette fille dans la cuisine, cette fille qui réussit, cette fille qui croit en elle et est déterminée à réaliser son idée fixe : être heureuse. chaque jour à commencer par aujourd'hui.

Elle sait maintenant qui elle est, où elle veut aller, consciente de ses particularités et de ses qualités, de ses défauts, de ses allergies, de ses contradictions, elle connait son histoire, elle écrit son présent.

Elle est bien celle qui va se régaler avec une carbo revisitée et continuer son travail d'arrache pied.

Elle est la preuve que la peur de l'échec n'est rien, comparée à l'échec de l'immobilisme.

Qu'il faut tout tenter pour être heureux, à chaque instant de notre vie.

Elle peut être vous, ou même moi, ou même quelqu'un que vous connaissez.

Elle est réelle, vivante, elle est ici et maintenant.

La suite du film? à vous de l'écrire!



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Y a des copains!