19 oct. 2014

Incomplete (in progress)

Cet article devait au départ s'intituler "parents, mode d'emploi" , à l'usage des "enfants" qui essaient de comprendre leurs parents, leur fonctionnement, leur manière de nous témoigner leur amour, leurs réflexes, leurs manies, leurs petits défauts, leurs gros défauts aussi parce qu'ils en ont, et puis cette constante perpétuelle à vouloir nous donner des conseils quand on aimerait pouvoir se planter tous seuls.

Je me suis demandé mille fois au moins, pourquoi je ne comprenais pas le fonctionnement de mon père, sa logique se heurtant sans arrêt à la mienne, ses conseils qui, bien que bienveillants, ressemblaient toujours à une forme de mise en garde ou de mode de conduite à suivre, quand mon indépendance toquait à la porte de mon cerveau comme des flics à 6h du mat' avec un bélier pour enfoncer la porte de pseudos malfrats.

Je me suis fait aussi cette réflexion en entendant mes amis parler de leurs parents, et de cette propension infinie qu'ils ont à se mêler de tout, même quand on ne leur demande pas leur avis, et qu'ils font ça "pour notre bien" , et croient sincèrement qu'ils ont raison, alors que nous considérons leur avis comme une intrusion insoutenable pour notre libre arbitre chéri (surtout à plus de 25 ans) (enfin surtout après 30 ans) (enfin, tout le temps en fait)

Mais j'ai changé d'avis. 

J'ai décidé d'écrire sur ma dernière découverte: prendre ce problème à l'envers, d'un tout autre angle.

En réalité, j'ai déjà écrit sur le sujet que je m'apprête à vous dévoiler, c'est une constante chez moi, et chez tous les trentenaires de ma génération, ceux que vous êtes ou bien ceux que vous connaissez: ceux qui craquent, décident de tout plaquer, de tout reprendre à zéro, de sortir du rang, de changer de voie pour s'accomplir et se connaître.

A titre personnel, je dois bien le confesser, j'ai le sentiment de ne pas avoir été enfant, et de ne pas vieillir.

J'ai l'impression d'être la même. Certes le temps passe, je le vois bien.

Je le vois grâce aux saisons, aux calendriers, aux âges que je fête.

Mais au fond de moi, rien ne change. Je suis toujours la même, même si j'évolue intellectuellement, que j'apprends, je ne bouge pas....comme si j'avais arrêté le temps.

C'est ainsi que je suis la mode, mais en décalé, que j'ai fait des études, mais qu'elles ne m'ont pas suffi, que j'ai fait mille boulots, mais que tout cela me semble si lointain, que pour moi les années 90 semblent être assez proches alors que c'était il y a 24 ans (en années calendaires du monde occidental)

Très sincèrement, et comme je le disais dans mon article précédent, mon corps change, se tend et se détend, mais je ne vois pas la marque du temps sur mon visage.

Des éléments de réponse m'ont été apportés récemment, surtout chez mon ostéopathe,(décidément!!!) mais ce n'est que vendredi matin que cela m'a sauté aux yeux.

Je n'ai pas vieilli.

Le temps lui, a passé.

Moi, j'ai l'impression d'avoir fait un voyage dans le temps dans un tardis, en mode "Doctor Who".

Je ressens cela tellement fort, que j'ai besoin aujourd'hui de rééquilibrer les choses, d'être en adéquation avec mon époque, cela va au delà des considérations sur les enfants et la vie de famille, non, vraiment, il faut redescendre au moment présent, et vivre dans cette époque ci.

Suis-je la seule?

Suis-je un élément isolé sur la planète à ne pas avoir eu l'impression d'avoir été enfant, ado, jeune femme puis femme?

Ce décalage, ce côté "visionnaire", cette avance sur le temps, d'autres l'ont eu avant moi, et sont devenus savants, ou fous, ou savants fous.

J'espère vraiment que d'autres humains tout à fait équilibrés ressentent la même chose que moi.

Les gens ne voient pas ça , tout le monde trouve que je suis en phase avec mon époque, tout en faisant "jeune" physiquement.

Chassée l'obésité, je commence à muer dans mon corps définitif.

Chassés les démons du passé, je commence à évoluer mentalement à mon rythme et à faire ce qui me plaît viscéralement, qui me rend heureuse, qui me correspond.

Est-ce parce que nous serons toujours les "petits" de nos parents que nous ne nous sentons pas devenir adultes?

Je pense à mon cousin Rinaldo en Calabre dont c'est l'anniversaire aujourd'hui.

Il vit seul, à plus de 40 ans maintenant, il n'est pas marié, pas fiancé, n'a pas d'enfants.

Certes sa famille joue un rôle important dans sa vie, et le materne plus que de raison, l'empêchant de prendre son envol, sans doute par amour mais surtout par peur.

Mais quel est son frein à évoluer tout seul? A briser ses chaînes et à quitter ce cocon sécurisant?

Il est exactement comme je me sens, mais sans en avoir conscience.

A présent, j'ai compris ce qui clochait. Et ça n'a rien à voir avec la vision que mon père a de moi, ma grand mère paternelle considère encore mon père comme un enfant, et sans doute sa mère avant elle également.

Ce que je ne sais pas en revanche, c'est pourquoi je suis comme cela.

Je me sens indépendante et réellement capable de beaucoup de choses, d'efforts, de sacrifices, de renouvellement perpétuel et en même temps, figée à un âge incertain où le temps passe sans me toucher.

Si physiquement j'ai l'apparence d'une personne de 33 ans, je ne saurai déterminer mon âge, comme dans "la ligne verte" je ne souhaite pas voir tout le monde disparaître autour de moi, condamnée à une vie éternelle, même si j'aime beaucoup vivre, là n'est pas la question.

Alors voilà.

Je suis actuellement en reconversion de moi-même, en mutation, en changement, pour compléter cette partie de moi qui me manque: la réalité de mon temps.

J'étais sur le point de désespérer quand je suis retombée sur cet album d'Alanis Morissette, et cette chanson que vous pourrez découvrir en cliquant sur le titre, "incomplete".

Les paroles de cette chanson sont fascinantes en ce moment. 

Elles auraient pu être mes mots ce soir.

Je vous les livre tels qu'elle et moi les ressentons.

Bientôt je serai totalement complète.

Je n'ai plus le moindre doute sur la question.

Le plus dur est fait me semble-t-il, se confronter à la réalité....et descendre du tardis.

Trente quatre mille baisers à chacun de vous. 

Merci de compléter mon âme! 



3 oct. 2014

Eh madame! Euh, Mademoiselle!

Il y a un vraiment un souci avec ça.

Les gens ne savent pas ce qu'ils veulent.

Aujourd'hui encore, à la fac où je donne des cours  depuis quatre ans, j'ai senti qu'il fallait que je justifie ma présence de grande fille dans le bureau de l'administration.

Pourquoi?

On voit bien que vous ne m'avez jamais vue!

Pour qu'on me donne 26 -27 ans, je n'ai qu'une seule solution-arme fatale: le rouge à lèvres.

Le premier jour de mon premier cours en tant que prof, une étudiante m'a dit, dans le couloir: " allez dépêches toi d'entrer et de t'asseoir, la prof va arriver".....je me suis exécutée, et comme ils commençaient à râler du retard du prof je me suis levée et suis allée m'asseoir à mon bureau.

Stupéfaction.

J'avais l'air d'avoir leur âge (physiquement parlant, pas au vu d'une quelconque éventuelle tenue indécente, je n'ai aucun complexe lié à l'âge ce serait franchement un comble!) alors que j'avais 11 à 12 ans de plus qu'eux.

Bon, bein c'est tout, c'est comme ça.

J'ai donc 33 ans. J'en parais 25, que je me maquille ou pas, que je sois en talons ou pas, que je sois en costard, en robe, en tongs, en short, en jean, on peut retourner le problème dans tous les sens!

Tant mieux, me dis-je confiante en l'avenir, à 40 ans j'en paraîtrais 30, comme Vanessa Paradis.

Alors mes étudiants m'appellent madame, bien entendu, hiérarchie oblige, alors que je pourrais être leur soeur.

Mais je trouve ça finalement plutôt logique.

Dans la rue, à la sortie d'une soirée au Palais des Beaux Arts il y a presque un an maintenant, après des prouesses sceniques improbables au Théâtre Sébastopol et parée de mes plus beaux atours, j'entreprends de reprendre le chemin jusqu'à ma voiture.

Sauf qu'à quatre heures du mat, place de la république à Lille, c'est pas super secure.

Tu parles.

Un jeune homme d'une vingtaine d'années, fringant et pimpant le bob relevé sur la tête me sort " eh madame! franchement, si j'avais ton âge, comment j'te draguerai!"

Merci. C'est si touchant.

Je n'ai pas épilogué, j'ai tracé ma route.

Mais sérieux, il me donnait quel âge le bougre?

A Palavas les Flots en 1999, on m'a demandé mes papiers d'identité à l'entrée du casino.

Admettons j'avais 18 ans.

Mais dans une boîte de Cambrai, on a laissé passé le couz de 17 ans, et on m'a cherché des noises, à moi, alors que j'en avais 24 et que j'avais conduit pour venir!

Tout ceci est totalement subjectif.

En fait, c'est vrai que je n'ai pas de rides (merci qui?merci mon ancienne obésité quand même elle aura servi à quelque chose!) et que j'ai toujours un visage relativement lisse.

Mais tout dépend de celui qui nous regarde.

Dans les boutiques, on ne me donne pas du Mademoiselle, mais c'est juste parce que ça n'existe plus (on se rassure comme on peut hein) 

Mais les hommes dragueurs eux, utilisent "Mademoiselle"?certains de mes amis risquent même un "jeune fille", je ne suis pas contre, c'est affectueux.

Je voudrais juste qu'on s'accorde : appelez moi par mon prénom si vous voulez, sauf si je suis votre chargé de cours, dans ce cas, vous et vous seuls pouvez m'appeler Madame.

Madame ça fait vraiment femme installée dans la société, et même si certaines mauvaises langues prétendent que les demoiselles sont des vieilles filles, je regrette mais ça aussi c'est dépassé les gars!

Demoiselle renvoie à une image tellement douce, qu'on en mangerait, comme un macaron.

Où avez vous vu qu'on appelle un macaron madame? (je ne suis plus vraiment tout à fait maître de mon clavier pardon d'avance pour ce qui précède)

Aujourd'hui, je n'ai plus peur de l'âge, du temps qui passe, de l'avenir.

J'ai confiance, et c'est peut être la sérénité qui me donne l'air de ne pas vieillir.

Je ne saurai vraiment le dire....

Mais s'il le faut, je veux bien chanter le blues comme Patricia Kaas.

Ok....je vois que vous, contrairement à moi, vous n'avez pas un animateur de Nostalgie dans la tête en boucle toute la journée.

Bref, passons et intéressons nous plutôt à ce terme auquel j'attache une tendresse particulière.

Notre ami Wiki nous dit que "Le terme français mademoiselle est un titre de civilité , donné à une femme sur la base de critères subjectifs et pouvant souligner le statut non marié, non pacsé, sans enfants ou simplement le jeune âge de cette dernière. Au Québec il est réservé aux « très jeunes filles ». En France le terme mademoiselle étant connoté, le titre de civilité « madame », donné aux femmes indépendamment de leur statut, est plus approprié pour désigner une personne non familière"

Mais ce que vous ignorez sans doute, (et c'est bien dommage, mais je suis là rassurez vous), c'est que demoiselle était à l'origine un titre de noblesse, oui monsieur, car étymologiquement parlant, il provient de "dominus" soit, le seigneur (clap clap clap merci pour vos applaudissements, il ne fallait pas voyons)

"Mademoiselle, sans plus de précision, était un titre porté par la fille du frère cadet du roi, qui portait le titre de Monsieur"

Vous voyez que j'ai raison d'insister!

Nous étions donc considérées comme des princesses....jusqu'à  ce que ce mot disparaisse de nos écrans, quasiment en même temps que le minitel, et comme dirait ma copine Julie V. "j'ai beau le savoir, ça me fait toujours quelque chose de l'apprendre"

Alors voilà, comme ça n'est plus autorisé de garder sa particularité, j'utilise le Miss.

Classe, rétro, un brin british et très  représentatif.

Et c'est éternel. Voilà, l'essentiel c'est de ne rien laisser paraître d'autre que sa nature.

Et puis là, j'ai une chanson qui me vient.....je vous en fais cadeau.

Ps: Même si ça ne me dérange pas, à choisir, j'préfère qu'on m'appelle mamzel.....:)




2 oct. 2014

Ici et maintenant

Le personnage principal de ce film est une femme, la trentaine, bien dans ses baskets aujourd'hui.

On la voit de dos, elle cuisine, debout, elle choisit ses aliments, avec précaution, pèse ses pâtes au maïs et retourne ses lardons dans la poêle, la musique ambiante est l'album des London Grammar, l'ambiance est calme, cosy, la cuisine est baignée de lumière.

Ses cheveux bruns sont relevés en chignon et font apparaître quelques mèches plus claires ça et là, elle incline sa tête pour se laisser caresser par un rayon de soleil qui entre la chatouiller alors qu'elle verse la crème soja sur la préparation.

Elle n'est pas seule, un petit chat noir vient se frotter à ses jambes, pour lui témoigner de l'amour sans doute, pour la remercier des courses et de son régal quelques instants plus tôt.

Elle est de dos, mais on sait qu'elle sourit.

On peut le ressentir, le deviner, elle n'est pas seulement de bonne humeur, elle est heureuse, ici et maintenant.

Flash back à ce moment du film. On la voit, l'année précédente, plus forte, différente, presque méconnaissable, les traits tirés, rongée par le doute et l'angoisse, on la voit franchir les obstacles, mettre un terme à une carrière qui la rendait malheureuse, ces dernières heures, tremblante, en larmes, qui mettent fin à la souffrance face à un système qu'elle ne parvient pas à dompter.

On la voit, dans sa chambre, arracher des laies de tapisserie, jeter frénétiquement des documents, remplir des sacs poubelles, des valises, on la voit respirer, imaginer, une nouvelle couleur, un nouvel horizon.

On la suit dans ses démarches pour trouver un petit boulot, tout reprendre à zéro, les heures d'inquiétude mais la certitude d'avoir fait les bons choix. 

On voit les livres qui s'entassent, la bonne nouvelle enfin! un travail! 

On la voit avec ses amis, ceux qu'elle ne voyait plus, ceux qu'elle a découverts, ranger ses documents dans des pochettes, avancer, donner des sacs de vêtements à la croix rouge et en sortir grandie....que de chemin parcouru!

Retour dans la cuisine, elle s'avance vers la fenêtre et regarde au loin, pardessus les toits.

Le ciel est bleu pour un mois d'octobre c'est plutôt positif pense-t-elle.

Elle attend que les pâtes cuisent, une carbonara, ça doit faire au moins un an et demi qu'elle n'en a pas mangé, c'est un jour de fête, un jour spécial.

Elle regarde avec minutie chaque chose qui l'entoure, sa machine à coudre toute neuve qu'elle trépigne d'utiliser, ses feutres et ses crayons dispersés sur la table, son ordinateur qui résiste encore, son salon, les plantes, chaque chose à sa place, ses magazines, elle sourit.

Ce sourire ne la quitte plus, même quand il ne se voit pas physiquement ses yeux sourient pour elle.

Cette sérénité qui se dégage de ces plans séquence c'est la sienne, elle est revenue de si loin.

Ses yeux se posent sur une photo encadrée, une autre jeune femme, brune, y sourit en baissant les yeux.

Tout ce qui se passe aujourd'hui a commencé avec la vie de cette femme sur la photo, avec cette photo, avec le Holstee Manifesto encadré à ses côtés, qui trône en bonne place dans le salon jusqu'aux Quatres accords totlèques dans un cadre au dessus de l'armoire vidéo.

Cette femme sur la photo est éternelle, elle existe dans chaque action du personnage principal, dans chacune de ses étapes.

Elle est sur le siège d'à côté quand elle monte dans le train, elle lui tient la main quand elle passe un obstacle, elle veille sur elle quand elle sent que la fatigue est grande, attentive, bienveillante, facétieuse.

L'héroïne de notre film est émue, elle sourit avec tendresse et reconnaissance, puis repose la photo et part se laver les mains avant de passer à table.

Elle n'allume pas la lumière, elle croise son regard dans le miroir et là, dans l'obscurité de sa salle de bains, elle se regarde et voit deux points briller dans le clair obscur: ses yeux qui sourient.

Elle est bien cette fille dans la cuisine, cette fille qui réussit, cette fille qui croit en elle et est déterminée à réaliser son idée fixe : être heureuse. chaque jour à commencer par aujourd'hui.

Elle sait maintenant qui elle est, où elle veut aller, consciente de ses particularités et de ses qualités, de ses défauts, de ses allergies, de ses contradictions, elle connait son histoire, elle écrit son présent.

Elle est bien celle qui va se régaler avec une carbo revisitée et continuer son travail d'arrache pied.

Elle est la preuve que la peur de l'échec n'est rien, comparée à l'échec de l'immobilisme.

Qu'il faut tout tenter pour être heureux, à chaque instant de notre vie.

Elle peut être vous, ou même moi, ou même quelqu'un que vous connaissez.

Elle est réelle, vivante, elle est ici et maintenant.

La suite du film? à vous de l'écrire!



Y a des copains!