22 août 2014

Les gens qui passent

De mon écrin fruité, j'ai une vue trés claire sur la rue Esquermoise.

Cette rue passante où toute la ville s'agite, où les touristes allongent le pas, sur le chemin de la Pâtisserie Meert.....cette rue que l'on remonte au pas de course pendant la pause déjeuner, pour rejoindre la Grand Place....

Les gens qui passent me fascinent.

Pendant que je range les pots, que je prépare les boîtes, que j’époussette les étagères, la porte ouverte, je les entends, je les écoute, ils me surprennent, ils me font sourire quand ils s'extasient devant la boutique, quand ils commentent la vitrine, quand ils donnent leur avis , en oubliant que la porte est ouverte....

Je les vois, sourire, pleurer, s'embrasser, se rejoindre, se disputer, parler au téléphone, se bousculer quand ils ont le nez dans leur smartphone et les pensées ailleurs.

Je les entends, à haute voix raconter leur vie, découvrir un endroit qu'ils n'avaient jamais vu auparavant, se dire que c'est nouveau.

Je les aime quand ils disent à haute voix le titre du conte qu'ils liront s'ils passent la porte de la boutique.....

Et je les renseigne, quand ils sont perdus.

Les gens qui passent parfois sont sur des échasses, sur les pavés lillois, pourraient perdre l'équilibre à tout moment mais font l'effort de bien se tenir.

Je vois leurs looks, je devine leur personnalité à travers les styles qu'ils aiment se donner.

Parfois les gens qui passent sont tristes, renfrognés, grognons, agacés, creusent les sillons autour de leurs yeux froncés, au creux de la ride du lion qui pointent leurs sourcils vers le bas.

Parfois ils me sourient, sans raison, de ce sourire qui fait ressortir l'humanité.

Et quand ils entrent, 9 fois sur 10, ils ressortent en souriant, fiers d'eux-mêmes d'avoir écouté leur curiosité, fiers d'avoir osé, entrer dans cette boutique aux allures de maison de poupées.

Parfois quand ils entrent, ils parlent trés doucement, ne veulent pas être dérangés dans leur découverte du lieu sucré.

D'autres fois, quand les gens qui passent deviennent des clients, ils posent des tas de questions....et ont les yeux qui brillent quand on leur propose de goûter à tout.

C'est un fait, les gens qui passent ont tous des histoires à raconter, ont tous des destins différents, extraordinaires, particuliers.

Les gens qui passent devant ma bulle enchantée, sont comme les héros d'un film qui m'est projeté en continu, comme si j'avais sous les yeux une diapositive, ils ne sont pas des figurants, ils sont tous des vrais personnages, et ce n'est qu'en s'approchant qu'on devine quel est leur rôle dans le court métrage de leur passage sur ce trottoir.

Même quand la boutique fourmille de gourmands, j'ai en fond sonore les gens qui passent dans les oreilles, ce bruissement de feuilles qu'on tourne, ces talons qui font deviner le pas décidé, l'employée en retard, les chaussures de ville des banquiers qui pressent le pas pour reprendre leur poste, la cigarette libératoire que l'on finit avant de rejoindre un ami ou son lieu de travail.

Les langues étrangères se délient, et racontent la nouvelle étape d'un séjour dans la jolie ville qu'ils ont choisi pour telle ou telle raison, de visiter aujourd'hui.

Où irons nous manger, que voulez vous visiter? Des bribes de vie arrivent jusqu'à moi, que je le veuille ou pas.

Ces gens qui passent sont aussi les personnages de mon quotidien, en arrière plan des héroïnes, envoûtantes et sucrées qui peuplent mes journées.

Il parait qu'en hiver, quand le trottoir revêt son costume sombre, la boutique resplendit, et que les gens qui passent deviennent nos spectateurs, que les rôles sont inversés.

En attendant de jouer ce rôle, je continue à endosser celui de faiseuse d'histoires, de distributrice de sourires, d'épicière de plaisirs fruités.

Et j'entends les murmures de la ville, des gens qui passent sur ce bout de trottoir en guise de scène de vie.

Je vous embrasse.




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