20 juil. 2014

Destinée.....

Etre invité à fêter le baccalauréat peut parfois faire remonter des souvenirs de notre propre expérience, se remémorer le jour des résultats, et dans mon cas, retourner fouiller les agendas de cette époque d'insouciance ou pourtant nous étions sûrs de tout connaître à la vie.

Et en remontant le temps, je suis tombée sur des carnets, beaucoup de carnets à vrai dire, des poèmes, des textes, des réflexions mais quelque chose est toujours revenu: chaque carnet a la particularité de s'adresser à quelqu'un, à un public, comme si ces écrits allaient être lus par quelqu'un un jour.

J'ai parcouru ces textes, ces pensées, toujours trés structurées et cohérentes bien entendu (j'avais entre 14 et 17 ans) et TOUJOURS portées sur un sujet: l'amour.....et en cette époque, vous le savez bien - sauf si vous avez 17 ans en ce moment et vous le saurez plus tard - tout est absolu, éternel, figé à jamais, on s'aime pour toujours, on aime de notre côté à jamais, on se promet des choses à vie, et on relit ça 20 ans plus tard (pas loin quand même dans mon cas 16 ans plus tard aie aie aie) avec des yeux attendris et une seule chose à dire "on était con hein, mais c'est mignon"

Donc j'ai commencé en ces temps bénis, teintés d'égo et de génie éternel, à écrire (le voilà le stylo) à une époque où l'ordinateur n'était pas notre meilleur ami, ni le premier outil que nous touchions en nous levant le matin (ni le portable qui n'existait qu'aux USA en ce temps-là)

J'ai retrouvé des textes de plusieurs pages (que la décence m'interdit de reproduire, faites moi confiance) niais, certes, mais jolis, et le must: mon premier livre.

Oui, à 17 ans j'ai écrit un livre en italien! 

Trés sobrement intitulé "Campodorato, isola dei sogni e della magia" (Campodorato est un petit quartier de Nocera Terinese en Calabre où j'ai passé mes vacances depuis petite et dont est originaire ma famille paternelle)  "l'ile des rêves et de la magie" (alors bon.....j'avais prévenu hein)

Que cache un tel titre aguicheur? Ni plus ni moins que mes vacances en Italie, de 1997 à 1999, mes coups de coeur, mon coup de foudre, heure à heure, chaque moment, chaque dialogue y est retransmis fidèlement.

Les amitiés, les parties de plage, les joies, les moments de tension, les glaces le soir, la beauté de cette adolescence où on découvre les sentiments, le coeur qui bat, l'adrénaline, les mains qui se frôlent, ah la la, que d'émotions!

Je suis épatée par la petite accro du stylo que j'étais il y a 16 ans, déjà fan de parenthèses et d'apartés pleins 
d'esprit, mais surtout par les carnets qui commencent tous sans exception par un message de bienvenue au lecteur.

"Bienvenue sur ce carnet de pensées, je vous emmènerais dans mes réflexions métaphysiques et humoristiques, suivez moi" suivi de ma signature.

J'en ai le sourire jusqu'aux oreilles rien que de m'imaginer en train de parler à un public imaginaire....il y a 16 ans, et bien réel aujourd'hui puisque vous êtes là.

"Maintenant place à quelques chansons d'amour" et de tracer sur les belles pages blanches lignées, à la virgule près chaque parole profonde de tel ou tel chanteur, ou bien même de retrouver collées les paroles découpées dans star club, des stars du moment, dans des poses mystérieuses alors qu'on ne connait plus leur nom aujourd'hui.

Déjà à l'époque, les chansons, les livres, les films que je voyais me touchaient à tel pont que je me retrouvais en chacune des paroles, répliques, envolées lyriques.

Comme beaucoup de filles de cet âge j'ai cru que Patrick Bruel me connaissait si bien qu'il n'écrivait que pour moi, et qu'Eros Ramazzotti était le plus romantique des hommes (mais surtout grâce à eux, j'ai maintenu la croyance improbable selon laquelle les hommes sont sensibles, comme nous, et le PIRE c'est que je le crois toujours mais chut, je compte sur votre discrétion)

Enfin, mes agendas étaient des bouteilles  la mer où voguaient des déclarations enflammées, des baisers fougueux et des cartes postales aux citations pleines de sagesse.

Ainsi à la fin de mon agenda de 3ème....."et voilà, une page se tourne, bientôt une nouvelle aventure au lycée, de nouveaux copains, de nouveaux profs, et qui sait ce que l'avenir me réserve, mais je suis sûre que tout se passera bien, à bientôt"

A qui écrivais-je ces messages? Pourquoi m'adressais-je à mon journal intime, l'interpellant, le personnifiant jusqu'à le tutoyer?

Est-ce que j'ai un jour cru pour de vrai que quelqu'un lirait les textes de chansons que j'écrivais?

En tous cas, même si j'ai grandi, je continue d'écrire, et cette persévérance m'a amenée à trouver des gens sur mon chemin, des gens bienveillants qui se réunissent sans le savoir au même moment, ou à des moments différents derrière leur écran, en buvant un café, à la pause déjeuner au travail, ou par curiosité le soir quand les enfants sont couchés.

Vous : la preuve que j'ai eu raison de continuer à avoir des trousses dans mon sac d'ado, mon sac à main, mon sac hors de prix offert par mes amis.

Vous: ma raison de croire que les rêves peuvent être réalisés, que le destin nous appartient, qu'écrire rend les choses universelles et intemporelles.

Merci.

C'est grâce à vous qu""Avec son stylo, l'accro que je suis a trouvé le chemin du bonheur"comme l'a écrit Mélinda Borneman dans l'Observateur du Douaisis jeudi dernier.....

Comme disait Francis Cabrel, "je voulais quand même (vous) dire, que tout ce que j'ai pu écrire, je l'ai puisé, à l'encre de (vos) yeux"

Oui, je sais ce que vous pensez, j'ai trop lu mes cahiers d'ado.

Mais avouez que ça vous fait plaisir quand même.

Je vous embrasse (et ENCORE MERCI!)

Y a des copains!