24 avr. 2014

Insouciance

En ce moment, jaillissent sur les réseaux sociaux des groupes qui nous permettent de nous remémorer les meilleurs souvenirs de notre ville étant petits, du lycée où nous étions et même du collège....
En relisant tout ce que nous avions pu faire ou même nos souvenirs communs, j'ai repensé à ce que j'ignorais à cette époque: l'insouciance.

Vous savez ce sentiment d'être peinard, de n'avoir rien à penser, aucune responsabilité, aucune obligation, aucun tracas à part comment supporter nos parents, comment réussir ce ds de maths ou ce qu'on va mettre demain.

Quelle période géniale quand on y pense!

Logés, nourris, boutonneux oui, mais en même temps, tellement loin de ce qui nous préoccupe aujourd'hui.

Loin du monde du travail, des factures, de la précarité, loin des responsabilités, loin de la réalité finalement du monde qui nous entoure.

Et ce sentiment finalement de ne pas avoir réalisé à cette période là, combien nous étions chanceux.

Combien nous aurions du nous en profiter, respirer à pleins poumons l'air extraordinairement doux de ces années.

J'ai connu mon premier amoureux, mes meilleures amies, mes premiers émois, mes premières passions, pour le théâtre, le cinéma, la culture, la littérature, les langues, dans ce lycée aux allures de Bateau ivre.

J'avais l'avenir devant moi, j'y passais des heures et des heures, parfois je pleurais le soir, "la vie est si injuste" me disais-je, "mais ma chérie" ai-je envie de me dire à présent, "rappelles toi au contraire comme la vie était douce, t'en rappelles-tu seulement?"

La philosophie, les cours de cinéma audiovisuel, la littérature, j'aurai voulu vivre ces années toute ma vie et c'est aujourd'hui que je ressens cette vérité, cette urgence, celle d'enseigner, pour y retourner, un peu comme pour recréer cette magie dont je n'étais nullement consciente maintenant que j'ai connu la réalité, la cruauté, de la vérité, les verrous qui claquent de la maison d'arrêt, les murs froids des tribunaux, l'indifférence générale des gens face à une agression.

J'ai aujourd'hui ce désir lancinant de revenir à la vie sereine, au cocon, à la bulle du lycée.

Transmettre, apprendre, rire, m'émouvoir de leurs découvertes, de leurs émois, de leur évolution.

Oui, en demandant à entrer dans le groupe "si tu étais au Lycée Arthur Rimbaud de Sin-le-Noble" j'ai compris ça.

Devenir prof pour moi, c'est l'urgence de revenir aux basiques, de revenir à la vie, de revenir à "l'avant", pouvoir sortir des jeunes gens qui ne connaissent pas leur chance, de la morosité que leur vie, où tout va si vite, où tout est acquis, une découverte, une conquête, un apprentissage, a fini par rendre blasés, avant l'heure....

On était si heureux avant, le savent-ils seulement?

J'ai envie de revivre ces moments avec la conscience du bonheur présent.

Souvent on se dit ça, revenir en arrière en sachant comme ce que l'on vit est important pour la suite, il n'y a que Marty Mac Fly qui ait pu vivre l'expérience.

Aujourd'hui, je mets tout en oeuvre pour revenir là-bas.

Goûter de nouveau à l'insouciance.

Vous savez, depuis que j'ai arrêté le gluten, je me rappelle du goût du petit pain au chocolat, de la tartine de brioche à la pâte à tartiner au chocolat blanc, de la baguette fraîche avec du beurre demi-sel et de la confiture de figue, de la pasta all'arrabiata, de la pizza margherita, du panettone....et je suis heureuse d'y avoir goûté, d'en connaître la saveur.

Aujourd'hui, si je reviens dans une cour de récré, dans un collège ou un lycée, je me souviendrais bien sûr du goût que ça avait à 16 ans, mais riche de tout ce que je sais, de tout ce que j'ai appris, je serai plus heureuse encore de les revivre.

Vivement n'est-ce pas?

En attendant, au Lycée Arthur Rimbaud de Sin-le-Noble, nos rires lézardent encore les murs, nos pleurs, nos colères, nos réussites, nos joies, nos échecs, nos conseils de classe et réunions parents-profs, nos premiers et derniers baisers, sont encore dans les interstices des salles de cours, dans la pelouse prés de la salle de sport, dans la salle polyvalente en forme d’œuf et dans les moindres recoins....

Les plus belles années de notre vie.

Si seulement ils le savaient.

Je vous embrasse.




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