24 févr. 2014

Conditionnés.

En écrivant ce titre je n'ai pas pensé (et pourtant) au délicieux refrain de Cyril Hanouna qui, voilà, je le savais a maintenant pollué votre cerveau. Désolée.

Pourtant c'est bien de conditionnement dont je veux vous parler ce matin, de celui qui ne nous permet pas de sortir du chemin déjà tracé pour nous depuis toujours.

J'y ai réfléchi il y a quelques années mais aujourd'hui il m’apparaît davantage clairement,  alors que je dois revoir entièrement mon alimentation.

J'ai découvert grâce à un ostéopathe de génie -  qui, s'il me lit, va certainement se demander si c'est bien de lui que je parle (Dominique, je ne répondrais pas à cette question) - une intolérance au gluten.

Nouveauté, choc, ou bien encore surprise, je n'ai toujours pas réussi à choisir entre les trois, parce que c'est quand même une substance qui constitue plus de 60 % facile de notre alimentation quotidienne.

Enfin, de ce qu'on nous propose...

Eh oui, avant de le rencontrer (Ostéo hein pas le gluten) j'ignorais jusqu'à l'existence même de certains aliments.

Et pour cause, ils ne nous étaient pas proposés de manière spontanée, au contraire, ce qui nous est présenté à nous, pauvres mortels du système de consommation hexagonal, c'est l'industrialisation.

Non je n'ai pas mué en Jean Pierre Coffe, rassurez-vous, mais quand même le problème mérite qu'on s'arrête un instant sur la question.

J'ai éliminé le pain (farine de blé), les pâtes (à qui dois-je rappeler que je suis d'origine italienne???) la semoule (de blé) les biscuits (de blé) les quiches et autres pizze (oui une pizza au pluriel enfin zut quoi!) et tout ce qui de près ou de loin en contient.

J'ai éliminé les produits laitiers (sauf les glaces, je crois que c'était une question de vie ou de mort) et ça fait déjà un paquet de trucs en moins.

Bientôt (dans très exactement 3 semaines) j'éliminerais pour trois mois les glucides.

Au revoir pommes de terre, riz, produits sucrés.....(sauf le chocolat sinon je pense devenir violente, mon Ostéo m'a cernée rapidement)

Bon il reste quoi dans l'alimentation traditionnelle?

Les protéines (œuf, viande, poissons) et les fruits et légumes.

Bon à première vue ça craint.

Mais enfin c'est impossible, me suis-je écriée dans un instant de lucidité.

Oui je vous rassure, l'alimentation dans le monde entier ne se réduit pas à cela!

D'abord outre la farine de blé, il y a la farine de lin, de seigle, de maïs, d'aubergine même, de petit épeautre....

Ensuite, il y a le quinoa, et même si j'élimine le riz, devenu la base de mon alimentation depuis 8 mois, il existe des milliers de possibilités pour survivre à la société de consommation.

Parce que ces produits là, sans gluten, sans glucides, où peut-on en trouver et surtout pour quel budget?

On commence seulement à se rendre compte qu'on ingurgite des aliments nocifs, alors quand ont commencé à émerger les magasins bio, qu'on a montré du doigt les gens qui se tournaient vers ces nouveaux produits (très anciens en réalité et utilisés partout ailleurs sauf euh bein chez nous) les "bobos" qui rejetaient l'alimentation traditionnelle "pour se faire remarquer".

Mais en fait....s'ils avaient raison? (je connais déjà la réponse à cette question)

Souvenez-vous,quand on a commencé à dire que les produits bio n'étaient pas forcément bons pour la santé, à grands coups de matraquage médiatique et de phrases choc, on a pu se rassurer en se disant, pour ceux qui avaient failli se laisser tenter, qu'on avait bien fait de ne pas succomber....vu le prix exorbitant des produits.

Pourquoi est-ce si cher? si ce n'est pour nous décourager d'en consommer et pour se rabattre sur le bon vieux paquet de chips et le saucisson en batterie?

Quand j'ai su que je devais commencer ma journée par des protéines (œuf, jambon, dinde, saumon (!!!!) ) j'ai eu peur.

J'avoue c'est bien la peur qui m'a saisi en premier. J'ai eu peur de ne pas aimer, de ne pas supporter et je ne sais plus de quoi d'autre j'ai eu peur tant c'est loin derrière moi.

Le matin c'est la fête dans ma cuisine, alors qu'avant je mangeais (si je mangeais hein, je préférais souvent troquer quelques minutes de sommeil supplémentaires contre le petit déjeuner) un gâteau vite fait, et un café si j'avais trente secondes de plus.

Aujourd'hui, œuf à la coque ou omelette, jambon, saumon, ou blanc de poulet, jus de fruit, salade de fruits, compote de pommes, et thé vert.

La grosse teuf quoi.

Je vous prie de croire que je n'ai plus faim, jusqu'au déjeuner. Alors qu'avant, même avec les céréales et le lait, les tartines et la confiture, je crevais de faim à 10h.

Aujourd'hui, j'ai faim à l'heure du déjeuner.

Quand j'étais à Montréal en 2010, j'ai passé beaucoup de temps à regarder les gens, leurs habitudes alimentaires et ma première source d'inspiration était mon amie Lison qui m'accueillait chez elle.

Un aprés midi pluvieux, j'étais dans le salon et j'ai eu faim. De sucre bien entendu.

Je me suis donc raboulée dans la cuisine (oui le terme choisi n'est pas élégant mais quand j'ai faim je ne suis plus tellement moi-même) à la recherche de sucre.

J'en n'ai pas trouvé. Non à la place de ce qui chez moi composait les placards, gâteaux, fondants, biscuits, et autres produits délicieusement industriels, Lison avait des graines de tournesol, des bananes séchées, des amandes.

J'ai pensé 1. quelle drôle d'idée. 2. mais que vais-je devenir? 3. tiens c'est pas si mauvais en fait 4. mais comment fait ma pote en cas de coup de déprime????

Quand elle est rentrée je lui ai posé la question.

Sa réponse m'a fait l'effet d'une bombe: quand j'ai envie d'un truc sucré je descends en ville m'offrir un smoothie ou un truc dans le genre, ça m'évite d'en avoir trop envie, et surtout, j'en ai pas BESOIN!

Mais bien entendu!

Moi non plus!

J'ai vidé mes placards dernièrement (dans l'élan de la tornade nouvelle/vie nouvel appart) et en effet, dans mon placard dit "sucré" il n'y a plus de biscuits, plus de gâteaux, plus de bonbons.

Du chocolat, des fruits secs, des amandes. Tiens donc....j'ai gardé de la levure et du sucre vanillé, de la farine aussi, quand mes amis viennent et que je leur prépare des gâteaux, dont je n'ai pas envie.

Pas un seul craquage pour une part de moelleux au chocolat depuis juillet dernier.

Oui 4 ans pour y arriver vous allez me dire c'est long. Mais comment résister quand tout va vite, quand rien ne fonctionne comme on veut, quand notre vie ressemble à un champ de bataille? qui nous tend les bras de façon plus tentante qu'un paquet de cookies crunch aux pépites de macadamia?

Bon voilà.

L'an dernier, quand j'ai pris conscience que j'avais un corps et que je ne me sentais pas toujours très à l'aise avec lui, que je n'avais qu'une vie et que l'important c'est la santé, j'ai fait la rencontre de mon Ostéo.

Et si j'avais déjà commencé à réfléchir sur ces sujets il y a 4 ans, il me les a remis au goût du jour en peu de temps.

Graisses saturées, comme le devenait ma vie, saturée, j'étais à bout de nerfs, à bout de souffle, incapable de monter les escaliers sans être essoufflée pendant des heures à mon âge et sans n'avoir jamais fumé.

On ne regarde pas assez ce qu'on mange et on rejette ce qui nous fait peur.

Alors qu'en Chine, au Canada, en Suède par exemple, il est évident de consommer quinoa, pain de seigle et lait de soja, on craint encore de ne pas aimer ça et on se rabat - par facilité- sur ce qu'on connait.

On croit que le matin on n'aura pas le temps de préparer le petit déjeuner, alors qu'il faut en fait 5 minutes pour tout préparer, et 10 pour déjeuner.

On déjeune devant nos écrans ou devant la télé, au lieu de prendre le temps et le calme pour apprécier nos repas, on les avale sur le pouce. Personnellement cette expression ne me donne qu'une relative confiance en ma capacité à tenir le coup.

Et tout ceci n'est qu'une question de conditionnement.

Par les pouvoirs publics, par l'industrie, par les lobbys, par qui on veut, pendant que l'exode rural continue, et que s'arrêter à la ferme pour acheter ses produits fait très "hype" , on réussit à se convaincre que tout va bien.

Mais changer son alimentation ne doit pas être un parcours du combattant, même si c'est encore peu répandu, le diabète et les intolérances alimentaires sont bien présentes et obligeront tôt ou tard les gens à se réveiller.

Et l'alimentation n'est qu'un exemple.

On est aussi conditionnés sur la façon de voir la famille.

C'est donc avec stupéfaction que j'ai revu Tanguy.

Vous savez le film du mec qui vit chez ses parents jusqu'à ce qu'il se fasse mettre dehors parce qu'il gagne plus de thunes qu'eux.

En fait, il doit prendre son indépendance, parce que c'est comme ça qu'on perçoit les choses dans notre société.

A un certain âge, les enfants doivent quitter le nid, comme une date de péremption.

Si personnellement j'ai un désir d'indépendance chevillé au corps depuis très longtemps et que j'ai quitté la maison parentale à 24 ans (ce qui est déjà vieux j'en conviens) pour prendre mon envol, et que je suis heureuse de cette vie, pourquoi obliger les gens à partir?

Ce film qui se veut comédie, est pourtant profonde. Un mal réel guette les gens :ne plus se supporter.

A la fin du film, on voit Tanguy avec sa femme, enceinte, ses parents, et ses grands parents.

Trois bientôt quatre générations vivent ensemble sous le même toit, "la présence de Tanguy est un délice de tous les instants"alors que chez ses parents, sa présence devenait anxiogène, surtout pour sa mère.

Cherchez pas, c'est une question de philosophie de vie.

Impossible à transposer chez nous.

Vivre avec ses parents et ses beaux parents? euh non merci.

Pour le couple, pour les enfants, pour chacun des habitants du foyer, vu la Société dans laquelle on vit, ceux qui y arrivent sans s'écharper, sans piétiner l'espace vital des uns et des autres, sans se sentir mourir et sans rendre de compte, bravo.

Mais combien sont-ils?

Non, ce n'est pas dans notre conception de la vie et le monde montre du doigt ceux qui osent rester tard chez leurs parents.

Ils ne sont pas capables de s'assumer, de quoi ça a l'air, ils n'arrivent pas à couper le cordon et autres idées préconçues.

Et s'ils étaient juste bien là où ils sont?

Ces gens-là ne sont pas forcément des jeunes dont les parents font tout et qui mettent les pieds sous la table en attendant que leur linge soit lavé et repassé par môman.

Chacun fait juste ce qu'il veut en théorie non?

Non.

Encore une fois, le conditionnement.

"mais jt'trouve pas d'refrain à notre histoire, tous les mots qui m'viennent sont dérisoires" comme dirait Patrick.

Non, là tout de suite je n'ai pas la solution, trop attachée à la liberté, je n'imagine pas ma vie avec toute ma famille sous le même toit, question de philosophie de vie encore une fois.

Mais serons nous capables de réinventer notre vie et d'adapter notre "originalité", celle de choisir les aliments que nous voulons manger et non de faire des non-choix, serons nous capable d'assumer notre "différence" en faisant des choix de mode de vie, d'habillement, de destination de vacances?

Dans un pays où chacun regarde ce qu'il se passe chez le voisin pour le critiquer et surtout ne supporte pas d'entendre la souffrance parce qu'il est de bon ton de hiérarchiser les intérêts, si quelqu'un souffre de sa couleur de peau, il n'a pas à se plaindre comparé à .....choisissez ce que vous voudrez pour remplir les pointillés, comment sortir son épingle du jeu pour respirer?

Dans un pays où les gens consomment des non-informations, s'abreuvent de réalités dégoulinantes de haine et de mépris des uns et des autres, apprennent 1515 sans savoir où se situe Marignan (je connais aussi la réponse à cette question: truc de fou, j'ai un dico et comme j'ai vieilli je regarde Secrets d'Histoire pour m'instruire) il est je le sais, difficile de ne pas baisser les bras pour suivre la masse.

Mais il faut tenir bon, écouter son corps, soigner son esprit, cultiver son jardin d'amis, son cercle vertueux.

Commencer un article avec Cyril Hanouna et le terminer avec Stéphane Bern, j'avoue c'est audacieux, mais il y a sans doute un fil conducteur derrière tout cela, peut-être celui d'aller au-delà des apparences, des préjugés, de ce qui a été tracé pour nous, et nous défaire de nos emballages pour devenir ce que nous sommes.

Nature, avec juste un filet d'huile d'olive et un peu d’aromates.(ah vous aviez réussi à oublier la chanson? Désolée :) )

Je vous embrasse.

1 commentaire:

La Reine des Pâquerettes a dit…

Divine Laura....

Que de vérités dans tes propos !

Si nous n'ouvrons pas les yeux, c'est la chute assurée tu as entièrement raison.

Je te comprends plus que tu en peux l'imaginer lorsque tu écris la difficulté de se nourrir sainement. Nos porte-monnaies ne sont pas assez lourds face au prix des meilleurs aliments.
Et nos vies sont parfois trop chargées pour prendre le temps d'éplucher trop carottes fraîches pour les râpées, c'est tellement plus faciles de les acheter toutes prêtes... (jetez un oeil sur l'étiquette, vous n'allez pas en remanger de ci-tôt!)

Essayez donc de retirer les lipides de votre alimentation quelques jours... il y en a partout, partout dans des quantités phénoménales.. Je ne parle même pas des glucides qui polluent tous les aliments !

Ces derniers temps, par volonté de "confort textile" on va dire, (c'est une belle formule pour dire que je suis trop serrée dans mon pantalon) j'ai décidé de faire attention et de suivre un programme alimentaire... et bien, je me rends compte à quel point on mange n'importe quoi... car à la maison je suis la seule à suivre le programme. Et quand je vois ce qu'Il peut avaler comme cochonneries ça me motive davantage pour ré-apprendre à manger!

Apprennons à nous respecter, à respecter notre corps, on le traine tous les jours, on le martyrise, on le fait souffrir alors que nous devrions en prendre soin...

La Miss Sourire et moi avons commencé à prendre soin de notre corps, et vous c'est pour quand?

Y a des copains!