23 janv. 2014

Lettre à Eric.

Cher Eric, 

Je ne peux faire autrement aujourd'hui que de vous écrire cette lettre, car demain se joue une journée qui restera pour moi, une journée importante.

Si je m'adresse à vous précisément ce soir, c'est parce que vous êtes à mes yeux la personne toute indiquée pour recevoir mes émotions, mes ressentis, mes appréhensions.

Demain, je plaide pour la dernière fois.

Et pas n'importe où, non, aux Assises.

Lieu que vous connaissez , que vous connaissez même trés bien.

Ce lieu où vous avez fait trembler les murs, lieu où vous avez maintes et maintes fois fait éclater la vérité, en tous cas, lieu où vous avez fait rendre la justice, en lavant de leurs accusations des gens qui pourtant étaient désignées comme coupables.

Voilà.

Compte tenu du fait que quand j'étais petite je voulais faire de vous mon métier, et que cette idée folle ne m'a plus quitté durant mes études, longues, et ma carrière, courte, je pense à vous ce soir.

Mes pensées ne vous ont pas quitté quand j'ai refermé la porte de mon appartement, dimanche dernier, le coeur lourd, aussi lourdes que mes valises.

Elles ne vous ont pas quitté quand j'ai traversé la cour en pavés de Saint Omer, où j'ai toujours l'impression qu'avant, au milieu il y avait une potence.

Elles ne vous ont pas quitté quand, mardi matin, au deuxième jour d'audience, j'ai du quitter la salle d'audience à la suspension et ce durant au moins une demi heure, tant je souffrais, sanglotant dans ma robe, que j'aurai voulu vous voir me remuer un peu et du coup, j'ai demandé de l'aide à Alice, votre collaboratrice et mon amie.

Elles ne vous ont pas quitté disais je, alors que le policier chargé de l'enquête de ce dossier avait dressé un rapport à charge contre notre client, à mon confrère et à moi.

Et pour cause, un temps, après la première condamnation de ce jeune homme, que vous aviez assisté en instruction, j'ai pensé, évoqué, la possibilité que vous veniez à ma place le plaider, le sortir de ce cauchemar.

Il n'a pas voulu. Il voyait mon implication et j'ai souhaité à mon tour être accompagnée, ne pas être seule pour revivre cette expérience traumatisante, déjà subie en première instance.

Alors je suis remontée dans le bateau avec lui (en étais-je jamais descendue?) et y ai fait monter mon meilleur ami et éminent confrère.

Depuis une semaine, je me sens mieux, sa présence rassurante à mes côtés me prouve que j'ai eu raison d'y aller.

Ce sera mon dernier combat judiciaire, j'en ai décidé ainsi.

Alors que je louais le bureau du rez de chaussée de votre Cabinet et que ma plaque lorgnait du coin de l'oeil la vôtre sur la porte d'entrée, je me suis souvent demandée si j'arriverais à venir vous en parler, mais je ne vous ai que peu - trop peu - croisé durant ces deux années.

Vous êtes à mes yeux comme l'emblème du métier d'avocat.

Bon personne n'est parfait, mais je vous aime bien.

Et vous, quand vous êtes énervé par une injustice, vous ruez dans les brancards, vous vous indignez, vous levez le poing, vous criez, vous haussez le ton, et moi, j'aime bien ça.

Mais je ne sais pas le faire, que voulez vous que je vous dise.

Alors je ne crie pas, mais je montre que je suis là.

Et je crois qu'on nous a vus, mon meilleur ami et moi, à cette audience, durant ces débats, on nous a entendus, on nous a reconnus.

Cela sera-t-il suffisant?

Démonter un à un, patiemment, chaque accusation, chaque pièce d'une accusation mal ficelée, chaque lambeau de noirceur sur la dignité de notre client, cela nous l'avons fait.

Mais cela sera-t-il suffisant?

Alors mes pensées encore ce soir vont vers vous, Cher Eric, Cher Confrère, et Cher Maître.

Vous qui m'avez donné envie de faire ce métier, et qui êtes plus armé que moi pour en supporter les douleurs et les souffrances, vous qui m'avez accueillie et vous aussi qui me connaissez peu, mais qui m'avez déjà souri.

Demain, je voudrais que vous soyez dans la salle, au fond, au plafond, dans ma poche, quelque part.

Je voudrais que vous me donniez la force de me lever une dernière fois et de convaincre, comme vous, que cette enquête n'a pas été menée comme elle aurait du et que l'homme que nous défendons est innocent.

Je voudrais y arriver, je donnerais tout ce que je possède, de force, de conviction, de fougue, de hargne, et pour cause, je n'aurais pas le droit à une autre chance.

Demain, ce sera ma dernière.

Mais aussi demain, ce sera la dernière fois que je pourrais faire éclater la vérité pour ce gamin, qui n'a rien à faire là où il est ce soir encore.

Oui, peut-être que sans le savoir, ce soir, il passe sa dernière nuit en prison, pour quelque chose qu'il dit, depuis 7 ans, inlassablement, n'avoir pas fait.

Et que je crois.

Alors, Cher Eric, même si vous ne lisez pas cette lettre, même si vous ne pouvez pas faire grand chose pour moi, puisque c'est mon boulot entre autre demain de sauver ce gamin, j'aimerais juste que votre esprit, votre aura, votre force soit avec moi.

Vous n'êtes ni un Dieu ni un prophéte, ni un gourou ni un magicien, mais vous êtes ma référence, et là, je ne vois pas bien à qui d'autre j'aurais pu demander un coup de main.

Comme c'est déjà arrivé, je vous embrasse, en même temps c'est une lettre que vous ne lirez jamais alors je fais un peu ce que je veux.

Et vous prie de croire, 

que même si je m'en vais demain soir, 

Je demeure votre bien dévouée.

17 janv. 2014

Don't be sad....

Sur le parking bondé ce matin là, à travers le pare brise on distinguait la forme cubique et bétonnée de sa structure, bien qu'ils aient mis des couleurs, on reconnait bien qu'on n'est pas devant un centre de loisirs.

Et cette pluie incessante et battante, ce froid, tout donnait envie de pleurer.

Je me suis garée entre deux voitures occupées par des gens qui devaient attendre leur tour pour le parloir de 10 heures, équipés, ils buvaient un café pour se réchauffer.

En sortant, ils m'ont adressé un sourire, comme s'ils savaient que j'en avais besoin.

J'ai sorti ma carte professionnelle, une dernière fois, mon permis de visite, et mon dossier, et je me suis avancée sur le parking du bloc de béton.

Comment vous dire, de nombreuses émotions se mélangeaient dans ma tête, dans mon corps, dans mon coeur.

J'ai attendu que les familles entrent dans l'enceinte du bâtiment, qu'ils passent le portique, une bonne demi heure dehors à discuter avec les conseillers d'insertion et les surveillants qui venaient prendre leur tour.

Rien de bien particulier, je l'avais fait tant de fois....je me souviens des premiers temps, et je me dis, même avec l'habitude venir ici c'est toujours quelque chose.

On ne voit rien derrière la vitre teintée, on ne discerne que des formes ça en dit long sur ce qui nous attend. Ironie de la situation, on doit montrer patte blanche pour entrer mais on ne voit pas qui nous laisse entrer....

Patte blanche, c'est la carte pro et le permis.

Une fois entré, on dépose tout sur un tapis roulant comme dans un aéroport, et le voyage n'est jamais le même, même si on en a l'impression.

Et là, une chose me frappe, comme toujours, le bruit cinglant des portes qui se ferment et qui s'ouvrent, l'odeur aussi, y a une odeur.

Je dépose mon sac dans un casier, je passe mon badge, j'avance vers les grandes grilles blanches, entre les bâtiments colorés.

Le vent m'assaille immédiatement et j'ai les yeux qui pleurent.

A bien y réfléchir, ce vent, de face, ça donne pas envie d'y aller, mais c'est important d'être là aujourd'hui.

Ce vent, me pousserait plutôt vers la sortie que vers l'entrée d'ailleurs, mais je sonne, porte métallique, clac clac, deuxième porte métallique, clac clac, troisième porte qui s'ouvre, un ascenseur, cette odeur, qui me colle aux narines, je ne sais pas encore, après six ans, définir de quoi il s'agit.

Encore une porte, et le surveillant m'accueille, on se serre la main, il est sympa, il prend mon permis et il m'installe dans un "box", me propose un café.

Là je lui dis, c'est la dernière fois que je viens ici....Interloqué, surpris, il pense que je lui fais une blague et me taquine et pourtant il comprend assez vite que c'est pour du vrai.

Et mon client est au parloir alors.....je repars assez vite, le temps de lui faire signer un papier par son intermédiaire.

Hier aussi j'étais dans une autre prison, pour voir un autre client, un que je défends lundi, pour la dernière semaine d'assises de ma carrière, en tous cas de cette partie de ma vie.

Et j'ai eu le même sentiment.

C'était fini.

Fini le bruit, fini le béton froid, finie l'angoisse.

Mais sur le parking, quand je remonte dans ma voiture, il y a cette chanson qui passe.

Soudainement, sans prévenir, les larmes montent, ma gorge se noue.

Cette fois, j'ai vraiment senti que c'était terminé.

Je laisse des gens, des gens qui m'ont demandé de l'aide, des gens que j'ai accompagnés, des gens qui avaient besoin d'être écoutés, parfois épaulés, en attendant de savoir à quelle sauce ils seraient mangés.

Leur quotidien ne sera pas chamboulé.

La gamelle passera toujours à 11h30 et la promenade de 10h et de 15h.

Les cours et l'atelier, les parloirs famille.

Le foot dans la cour et les escortes, le bruit, le froid, la sortie, les permissions, les parloirs vie familiale....

Non pour eux, les journées seront les mêmes, même la semaine prochaine.

Pourtant je laisse un peu de moi, auprès de ces gens.

Alors quand les larmes montent dans la voiture, je ne les retiens pas.

Je ne regretterais pas la prison, non ça c'est sûr, vu ce que j'en pense, je ne regrette pas les faits qu'on leur reproche, je regretterais sans doute plus les échanges souvent sincères avec ces gens, souvent bruts de décoffrage, et puis la reconnaissance, l'impression d'être utile, d'être un rempart, un peu d'humanité, quelle que soit leur réalité, leur faute, leur responsabilité.

J'ai compris que c'était terminé.

Voilà, le point final avec les assises c'est ma dernière mission en tant qu'avocat en exercice.

Trés étrange sentiment et en même temps rien d'anormal, quitter un métier qu'on a tant idéalisé, ça fait quelque chose aussi et c'est en quittant les gens qui m'ont montré qu'ils avaient besoin de moi que je ressens ce quelque chose.

Ce sentiment que pour moi nous sommes tous les mêmes, avec des faiblesses et des douleurs, des moments plus faciles que d'autres à vivre, des endroits où il aurait fallu ne pas être et des gens qu'il n'aurait pas fallu fréquenter, des tentations qu'il aurait mieux valu éviter, et aussi, des chances qu'on nous offre.

Je suis repartie du parking, dans ma petite voiture, et j'ai regardé dans le rétroviseur, ce bloc de béton en couleurs.

Il pleuvait toujours dehors, Jean-Jacques chantait toujours dedans, et moi, j'ai pensé que j'avais pris la bonne décision, et que ce petit pincement au coeur voulait dire que j'en avais un.

Je vous embrasse.








2 janv. 2014

Happy You in 2014!

1er article de l'année: BONNE ANNEE mes amis joyeux, joyeuses, gais lurons et gaies luronnes, pinsons et pinsonnes, et tous ceux qui viennent jeter un oeil ici par curiosité ou par hasard (vous ne reviendrez pas par hasard je vous le prédis!)

Que cette année soit riche en amour, en émotions et en bonheurs, petits ou grands, laissez la place à la simplicité, soyez heureux d'être ensemble, de respirer à pleins poumons, de réaliser que vous avez un corps, d'en prendre soin, de regarder prés de vous, sous votre nez, pour constater comme la vie est belle même dans ses plus petits détails insignifiants.

Soyez curieux, lisez, informez vous pour de vrai, allez au théâtre, voir des pièces, des spectacles, des concerts, même à la salle des fêtes de votre ville pas besoin de se payer le Stade de France pour être heureux.

Allez écouter de la musique classique, ou voir un ballet, même si ça peut coûter un peu d'argent, ça peut valoir le coup, au moins une fois dans sa vie, et si c'était cette année?

Furetez sur les sites de voyage, choisissez une destination, créez vous des projets.

Donnez rendez vous à vos amis pour boire un café, essayez de revoir ceux que vous ne revoyez pas assez souvent, téléphonez à vos proches, envoyez vous des cartes, écrivez vous des lettres, oui des lettres avec une belle enveloppe et un timbre, comme avant.

Venez me voir, quand le livre sera sorti en librairie, qu'on prenne le temps de se connaître, car c'est vous qui m'inspirez.

Prenez du temps, montez dans le train, allez à la mer, une heure ou deux, marchez sur la plage seul ou avec des amis, ou avec un livre, ou avec des amis, un livre et des thermos de café....la plage en hiver ça détend.

Soyez heureux, soyez en vie, appréciez chaque instant.

Je vous promets que cette année sera belle, si vous la prenez telle qu'elle est.

Tous mes voeux, et à trés vite!

Je vous embrasse

Ps: et surtout n'oubliez pas de tomber amoureux!



Y a des copains!