4 avr. 2013

Cuor di Sole

Il en aura fallu du temps pour que je reprenne mes esprits et mon clavier pour venir vous parler mes amis, et je m'excuse de cette absence, mais sans mes idées et sans mon coeur je n'aurai pu écrire grand chose...

Ces dernières semaines ont été en demi teinte, de douleur et de joie, et d'amour tout le temps.

Alors que je devais partir pour fêter un événement joyeux, le mariage de mon amie d'enfance, dans mon paradis tyréennéen, je quittais une autre de mes chères amies, consciente qu'à mon retour les choses auraient pris une triste tournure.

Et c'est ainsi qu'au lendemain de mon arrivée, j'apprenais que cette étoile resplendissante, souriante, brillante, avait quitté la Terre pour rejoindre le Ciel.

J'ai pleuré ça oui, j'ai pleuré, je pleurais de la savoir souffrir, je pleurais sur mon impuissance de pouvoir la guérir, je pleurais de ma crainte de la voir partir, et je pleure aujourd'hui de ne plus l'entendre rire, de ne plus raconter de potins, mon amie des premières fois, mon amie de dix ans.

Elle m'a tenu la main quand j'avais mal, elle m'a fait rire quand je pleurais, j'ai essayé d'en faire autant, aujourd'hui, que son âme a quitté son corps, le mien a décidé de souffrir, de m'empêcher de respirer, en exultant ses allergies qu'on devine liées aux nerfs.

Pendant ces jours où ses proches souffraient, à son chevet, je préparais la salle du mariage de mon amie d'enfance, toue à ses préparatifs....

Pendant ces journées interminables où l'on souffre, à plus de 3000 kilomètres, je coupais du ruban, j'imaginais des papillons et je décorais les tables....

Mon coeur scindé en deux, comme il a été dur de ne pas être aux deux endroits à 100%, comme j'ai lutté contre mes émotions pour être la plus joyeuse possible pour mon amie et la plus présente possible par la pensée pour ma petite étoile....

Aujourd'hui d'avoir tant résisté mon corps se relâche, il a mal, et je le comprends, mon coeur et mon esprit le rejoignent, la fête a été belle, il n'a pas fallu un moment de relâchement tant la larme venait facilement se poser sur ma joue.

Il fallait que je sois là, et j'étais là.

Le jour du mariage était aussi le jour de l'enterrement.

A l'heure prévue, je préparais la salle du vin d'honneur, je gonflais les ballons, et j'imaginais mes amies, toutes serrées les unes contre les autres, pleurant dans ce moment terrible, ce moment tragique, ce moment inouï où l'on ne veut pas réaliser que c'est réel.

Vers midi, un rayon de soleil est venu se poser sur la barrière de bambou qui séparait la route de la terrasse du restaurant.....et avec les ombres des feuillages a formé un coeur, que j'étais la seule à voir et que j'ai pris en photo.



Personne n'a prêté attention à ce coeur, alors que j'attendais un signe, pour être sûre que mon étoile sache que je pensais à elle trés fort à cet instant.

J'imagine, dans mon monde, qu'elle s'est posée là un instant pour me dire aurevoir, et je garderai pour toujours cette image au fond de moi.

Le mariage a été parfait, l'amour et la joie étaient au rendez vous, et mon amie et son mari tout neuf étaient heureux, au milieu de ceux qui leur étaient chers.

J'ai été wedding planner, au moment où je m'y attendais le moins, pour rendre hommage à ces deux amoureux qui en avaient vu eux aussi de toutes les couleurs, qui avaient tenu à ce que je sois à leurs côtés en ce jour important, ce qui m'a profondément touchée, alors,  j'ai mangé à leur table, bu à leur santé, dansé avec eux, comme si j'évoluais dans un rêve, comme si tout allait bien.

J'ai bu du champagne, moi qui ne bois jamais, mais je lui devais bien ça, et j'ai savouré chaque gorgée comme si je buvais pour deux.

Et puis je suis repartie, le bouquet de la mariée dans la main, pour rentrer chez moi.

Beaucoup d'appréhension, beaucoup de tristesse dans ce départ, et de ce que je ressentirais à mon retour..

J'ai quitté la table, au cours d'un repas de départ, trop triste et sentant déjà mon corps m'échapper.

J'ai peu dormi, peu rêvé, beaucoup pleuré, mais sans m'apitoyer sur mon sort, ma souffrance n'est rien du tout comparée à la sienne, mon étoile si courageuse, si battante qui brille maintenant sur nous.

Je suis allée la voir, pour danser en son honneur, pour lui raconter des choses et lui dire que, comme à mon habitude j'étais en retard, mais que j'avais bien reçu son coeur de soleil en Italie.

Et lui ai fait la promesse de revenir bientôt, boire de l'eau chaude avec des plantes dedans, quand subitement j'aurai envie de bouder un peu pour rien.

Aujourd'hui alors, que faire? Vivre, manger, boire, savourer chaque moment, relativiser, cesser de se plaindre, ne pas se fâcher pour rien, mais dire les choses avant qu'il ne soit trop tard.

Un hommage lui sera bientôt rendu et je dirai j'espère quelques mots en son honneur, j'espère être assez forte, assez digne d'elle, qui voulait bien qu'on pleure, mais pas trop quand même.

Je lui dédie ma clé de sol, la première fois qu'on a vu plaider notre Ténor du Barreau, la musique du Parrain alors qu'il fumait son cigare dans la salle du restaurant, le fusible qu'elle a changé quand Bianca avait explosé les plombs de mon appartement, les moments de fous rires devant Florence Foresti, le mot laissé en amphi pour le prof de pénal, les chansons qu'on chantait quand on était à la fac et qu'on voulait un jour chanter sur scène, ce fou rire quand elle a dit qu'elle voulait qu'on passe du Marvin Gaye à son enterrement, et qu'on pensait qu'il serait dans 150 ans, ces garçons qu'on idéalisait sur les bancs de td, la première fois qu'on s'est vues en td de droit civil, avec cette barge de chargée de td qui ne m'avait pas fait peur, le cidre qu'on a bu avant d'aller en cours d'histoire contemporaine à l'Ubu, et puis et puis.....ces heures passées à refaire le monde, nos engueulades, notre temps perdu sur facebook, notre réussite au Barreau, notre embrassade dans la salle des actes, nos premiers pas en robe, si fières d'avoir réussi à rejoindre notre idéal, nos désenchantements, nos moments difficiles, notre fou rire dans la voiture en cherchant un restaurant improbable et en chantant "do you remember" avec l'accent kurde, notre croisée des chemins, notre dispute réconciliée, nos retrouvailles, nos nouveaux fous rires et nos potins....

Tout cela  et tout le reste vit en moi pour toujours, et comme elle est maligne, comme ces grandes stars du cinéma parties trop tôt, elle ne vieillira jamais et sera jeune et belle pour l'éternité comme dirait Alec, et se moquera bien de nous quand on se retrouvera, vieilles et ridées.

Rien n'est jamais lié au hasard, ce mariage et ce voyage, juste cette semaine, m'ont permis d'une certaine manière de comprendre les choses, à ma façon, de me dire, "ma poule, vis, ris, chantes, toi qui encore le peux" même si aujourd'hui je souffre d'avoir trop gardé en moi les émotions qui auraient du sortir en temps voulu.

Pour toujours ce coeur de soleil au milieu de l'ombre, cette étoile chantante, la plus brillante d'entre nous au sens propre et figuré, cette amie vraie.

Ce que j'ai tenté d'être, de toutes mes forces et de tout mon coeur, le 30 mars 2013, ici et là bas.


3 commentaires:

Anonyme a dit…

Très bel hommage! Merci pour cette piqûre de rappel, ce matin, c'est tellement facile de se plaindre et d'oublier à quel point la vie peut être belle!

La Reine des Pâquerettes a dit…

J'ai pas de mots qui me viennent... Juste des larmes qui coulent le long de mes joues...
Tu es Merveilleuse Miss L !!! Et toi tu peux dire maintenant que tu as une étoile supplémentaire qui veille sur toi!!!

Plein de bisous tout chauds tout forts tout réconfortants...

Une élève curieuse a dit…

Alors que je relisais péniblement mon cours de droit pénal des biens pour le contrôle,
j'ai repensé au TD de la semaine dernière.
Celui où vous avez écrit en grand sur le tableau "VIVRE".
J'ai repensé à l'instant où vous nous avez appris sa disparition,
et où j'ai vu les larmes monter dans les yeux de celle qui pour moi représente votre Jeanne.

En nous levant pour aller à votre cours, après trois petites heures et demi de sommeil,
jamais nous n'aurions imaginé nous prendre un tel coup de fouet !
Alors que nous étions honteuses et que nous avions du mal à garder les yeux ouverts,
vous êtes parvenue non seulement à nous réveiller (dans tous les sens du terme) mais en plus à nous faire déculpabiliser d'être sorties la veille !

C'est alors qu'en pleine relecture du chapitre sur l'escroquerie, quelque chose m'a poussé à aller sur votre blog.
C'était de la curiosité, je voulais comprendre.
Mais finalement, cet article m'a encore une fois fait réagir.
J'espère garder en tête pendant longtemps cette séance de TD ainsi que cette publication.
En effet, ce n'est peut être pas un hasard que nous soyons tombées dans votre TD !

Y a des copains!