23 oct. 2012

Encore un matin....

Se lever n'est jamais trés agréable, vous en conviendrez, mais après tout, me direz vous, c'est comme ça.

Mais ce fatalisme m'a énervée ce matin et je ne savais trop dire pourquoi.

Je ne sais pas si c'est le "c'est comme ça", "ça arrive", "on fait pas toujours ce qu'on veut", qui m'agacent, ou bien si c'est simplement le fait de se dire que les gens font des choses par obligation et ne trouvent nulle part le courage de changer.

Résultat, pendant des années on fait un métier, on se lève le matin, on répète toujours les mêmes gestes, automatismes d'une vie quotidienne bien huilée, et on part travailler, en pensant au moment où l'on va terminer cette journée, avant même qu'elle n'ait commencé.

Au bout du compte, on réalise qu'on fait cette vie depuis cinq années, cinq longues années à passer des journées, des heures à attendre, à prendre son mal en patience, à écouter des lamentations, à recevoir des doléances, à subir les moqueries parfois, à voir des choses atroces, à lire des choses insupportables et à continuer à faire comme si tout allait bien et qu'il ne s'agissait QUE d'un boulot.

Il y a des gens qui bossent des années dans la même entreprise, parce qu'il le faut, des gens qui répètent inlassablement les gestes et les mots, et qui ne réalisent même plus qu'ils passent à côté de leur vie.

Et ce matin, ça m'a gonflé.

On apprend à conduire mais pas à utiliser une voiture, on apprend à pianoter sur un clavier mais pas à utiliser un ordinateur, on apprend à respirer, mais pas à vivre.

On est conditionné.

On nous dit qu'il faut manger son pain noir avant de manger son pain blanc, que galérer c'est normal, que ne pas aimer ce qu'on fait, après tout "c'est la vie", parce que c'est bien connu qu'on ne fait pas toujours que ce qu'on aime.....

Pourquoi?Qui a dit ça?Où ceci est il écrit?

Je suis navrée mais ce n'est pas possible.

On peut trés bien être heureux en se levant le matin, être passionné par ce qu'on fait, être mis en valeur au boulot, ne pas avoir le coeur et les pieds lourds en arrivant au travail.

On n'est nullement obligé de se sentir mal, ni de supporter les insultes, ce n'est pas prévu par le contrat de travail d'être dénigré.

Je ne parle pas d'un cas particulier mais d'un cas général, d'après ce que je lis ou entends en ce moment.

Je trouve trés sincèrement que la liberté de travailler ne doit pas exister au détriment de la liberté d'être heureux au travail.

Tout ceci peut paraître utopique aux plus sceptiques d'entre vous.

Sans doute vous dites vous qu'il est impossible de changer sans prendre de risques et surtout qu'on sait ce qu'on perd mais pas ce qu'on retrouve.

Je suis d'accord, c'est tout l'intérêt.

Je ne vous dis pas de révolutionner votre vie et de quitter votre travail dés la minute où vous aurez lu ce post, je me dis juste qu'il serait bien temps de se demander si on est heureux.

Parce qu'on passe plus de temps au travail que chez soi, et qu'on n'a que trés peu de temps pour ceux qu'on aime.

Alors autant avoir autre chose à leur raconter que des lamentations.

Les gens qui nous entourent ne souhaitent que de nous voir épanouis, alors pourquoi ne voudrions pas la même chose pour nous?

Tous les matins depuis un an et deux mois, depuis ma prise de conscience de cette réalité, je me félicite d'avoir réussi à cheminer jusque là et à faire ce qu'il faut pour améliorer ce quotidien harassant.

Ce métier merveilleux qui est le mien en ce moment, qui pourtant peut parfois coûter la vie, qu'on nous l'enlève ou non d'ailleurs, n'est pas aussi doux qu'on le croirait.

C'est pourquoi en me levant ce matin, difficilement, pour aller à des audiences, où l'on ne nous regarde ni ne nous respecte et auxquelles on estime que notre temps est dû, forcément j'étais déjà agacée.

En marchant jusqu'au Palais, j'ai soufflé.

En arrivant au Palais, j'ai râlé.

Et je me suis dit à haute voix, "Allez, ça va aller, tout va bien se passer, un pas devant l'autre, c'est bientôt fini".

Ceux qui me croisent doivent parfois se dire que j'ai une case en moins.

Comme ils ont raison. 

J'ai retiré cette case remplie de nuages noirs et de tonnerres de Brest, pour y mettre du coton hydrophile.

Pour pouvoir me dire, "tout va bien se passer", pour encore m'émerveiller, pour que les barreaux des prisons et les décisions pénales ne prennent pas la place de mes idées positives, pour panser les plaies que j'ai à l'âme parfois, pour adoucir les blessures qu'on m'inflige quelquefois.

Pour que le quotidien actuel ne grignote pas trop le futur serein que je me construis.

Ce n'est pas parce que c'est impossible qu'on n'ose pas, c'est parce qu'on n'ose pas que c'est impossible.

Osez!

Je vous embrasse.


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Y a des copains!