12 sept. 2012

Ironic Memories

Vous souvenez vous du sms que vous avez envoyé le 12 septembre 2007 à 22H04?

Quelle question n'est ce pas?

Comment peut on se souvenir d'un détail aussi insignifiant et habituel, tel que l'envoi d'un message, sachant que peu d'entre nous gardons en mémoire les messages envoyés, surtout les plus habituels et anodins?

Eh bien dans notre merveilleux métier c'est une raison suffisante d'être un suspect ou tout au moins de mauvaise foi.

En effet, toutes les procédures pénales tiennent sur la mémoire.

Et il ne suffit pas de se souvenir des évènements marquants de votre vie, bien sûr que non petits malins, non non, il convient de se souvenir à la minute près, de votre emploi du temps d'il y a 4 ans, à grands renforts de détails, il convient d'être précis.

Oui, on ne rigole pas.

Mais en plus, je ne plaisante pas du tout.

La justice réclame aux justiciables de connaître la loi, les décrets, les circulaires, les changements, les décrets d'application etc, mais également leur réclame d'être particulièrement attentifs.

Prenons un exemple simple, l'emploi du temps d'une journée lambda.

Pensez vous que si on vous demande ce vous avez fait, à la minute près, hier, vous sauriez me répondre dans l'ordre?

A la minute près?

Non, je suis désolée mais non, vous ne vous en souviendriez pas.

Il faut être déformé professionnellement pour se rappeler à la seconde de chacun de ses faits et gestes ou alors être toqué, ce qui souvent est la même chose.

Personne ne peut se souvenir si bien de faits si simples que ceux ci.

J'ai toujours été impressionnée aux audiences d'entendre les policiers, sans note, raconter par coeur une enquête datant de cinq ou six ans, c'est impressionnant!

Mieux, plus c'est absurde pour un individu "normal", soit non issu de cette famille de dingue appelée justice, plus des gens trés sérieux sont capables de vous beugler dessus, et de croire en la pertinence de leur attaque:

exemple du jour: mon client a dit qu'il avait prêté sa voiture à un ami, qui l'avait sans doute amené dans un garage
Question ô combien pertinente lui est posée par l'accusation: si Mr X conduit votre véhicule, qui conduit le sien?

Je ne sais pas si j'ai réussi à dissimuler mon fou rire, en me mordant les joues, mais bon, j'ai essayé au moins.

Comment peut on trés sérieusement et sans sourire poser ce type de question?

Mon client a répondu aussi simplement que possible: quelqu'un d'autre, mais ça n'a pas satisfait son interlocuteur.

Bref, parfois on peut être surpris, sur les capacités de la mémoire humaine, d'une part, mais aussi sur ce qu'on peut imaginer sur elle.

J'ignore si ces gens précis connaissent encore le menu de leur repas d'anniversaire en 1990, mais en tous cas ce qui est sûr (et évident, comme toujours) c'est qu'on n'oserait pas leur poser la question, ils n'ont pas d'obligation envers nous, ils sont sachants.

Ma seule question est la suivante: est ce que ce monde est sérieux?


2 commentaires:

Puck a dit…

Moi ce qui m'impressionne dans les enquêtes, c'est qu'il y a toujours un témoin qui a vu passer un suspect portant un pull marron au volant d'une 205 rouge de 1997 avec des rayures sur l'aile gauche vers 10h58.

Ca m'impressionne et ça m'inquiète sur mes propres facultés d'observation.

Y a d'la joie! a dit…

non, ça ne doit pas t'inquiéter au contraire, tu es saine d'esprit
en revanche il est sûr que trois personnes assistant à la même scène ne se souviendront pas des mêmes choses!

Y a des copains!