16 juil. 2012

Balayer les feuilles sur le chemin.

C'est en discutant ce matin de tout autre chose que je me suis rendue compte que dans chacun de nos métiers ou chacune de nos activités, nous étions interprètes.

Et je ne le dis pas forcément en rapport avec le théâtre, même si évidemment tout ceci n'est pas anodin.

Je le dis surtout, parce que nous avons un rôle important en qualité de professionnels, que les autres n'ont pas.

Exemple, quand nous recevons des gens en rendez vous.

Quelque soit notre profession, le psychologue à ses patients, le médecin à ses malades, et l'avocat à ses clients.....

Ils arrivent dans notre bureau et jettent leur détresse, leurs problèmes, leurs pleurs et leurs jumeaux maléfiques en vrac, à nous de faire le tri.

En consultation, lorsque les patients inquiets viennent parler de leur problème de santé.

En audience, surtout quand on a 10 minutes pour faire le point avec eux, récoltant quelques bribes d'informations, on retrace leur existence.

On interprète le texte que la vie a écrit pour eux.

On parle d'eux, enfin.

Quelqu'un s'intéresse à leur vie, quelqu'un a envie de parler d'eux, quelqu'un parle d'eux comme personne ne l'avait jamais fait avant.

Et en l'écoutant ils réalisent le chemin parcouru.

Semé d'embûches, parsemé de difficultés, de débuts difficiles, de trajectoires incompréhensibles.

Parfois, ils sont sur le chemin, mais il est jonché de feuilles.

Et nous devons balayer les feuilles pour éclaircir leur route.

Je trouve cette image particulièrement parlante et je remercie mon nouvel ami Robert de me l'avoir soufflée.

Eclairer leur route, éclaircir leur brouillard, les accompagner sur le chemin, leur faire prendre de la hauteur, ça fait partie des belles choses, celles que je voulais faire toute ma vie.

Parce que ce faisant je rends leur part d'humanité à ces gens qui se sentent souvent perdus, trés souvent seuls au monde et qui ont un jour été des enfants.

C'est important ça.

Un jour ces gens perdus au regard vague et embué, la plupart du temps réagissant assez mal aux médicaments qu'ils prennent pour dormir, ces gens là, qu'on scrute sans une once d'intérêt réel, ont fait leurs premiers pas sur le chemin.

Il y avait quelques feuilles, mais elles n'obstruaient pas tout à fait le passage, elles ne cachaient pas encore les flèches qui indiquaient le chemin.

Inlassablement, durant ces cinq années, j'ai déblayé leur route pour leur faire comprendre où ils devaient aller, à quelle intersection ils s'étaient trompés, et comment remonter la pente.

Et inlassablement ils ont trébuché, se sont relevés, et pour certains ont fait demi tour.

Parce qu'être interprète, même si on pense que ce n'est pas utile, ça sert, à se faire comprendre, à exprimer une peine, à exprimer une rage, une colère, une tristesse, une volonté, une ambition.

Et même si j'ai du mal à percevoir l'utilité des choses que je dis et que je fais, pour ces gens notamment, j'espère au moins qu'au contraire de ceux à qui mon message est adressé, que ceux dont je parle m'entendent.

Si je ne devais avoir servi qu'à ça, ça me va.

Etre narrateur de leur vie, leur prouver qu'ils ont existé, leur rendre pour une heure de plaidoirie, leur place dans la société.

Voilà pourquoi je me lève tous les matins, pour balayer leur chemin.


2 commentaires:

Puck a dit…

j'aime j'aime j'aime

Y a d'la joie! a dit…

moi c'est toi que j'm!!!

Y a des copains!