21 avr. 2012

Addicted

Peut on aimer quelqu'un si fort, qu'on ne sait pas l'aimer vraiment?

C'est une question piège évidemment, et c'est cette question qui a finalement donné lieu à trois journées d'audience, dans une jolie salle du Palais de Justice de Saint Omer.

Est il possible d'aimer quelqu'un, de mal l'aimer mais de l'aimer tout de même et de lui faire des enfants, mais aussi beaucoup de mal, de maux, de bleus, au coeur et au corps?

La jalousie peut elle entraîner des gens normaux, dans une spirale infernale, dans un tourbillon de violences, ces gens qu'on aime et auxquels on est profondément attachés peuvent ils devenir nocifs pour nous? Notre santé morale et psychique?

Voilà le vrai fond du problème, être profondément attaché.

A qui, à quoi.

Les addictions quelles qu'elles soient, les jeux, l'alcool, la drogue, la nourriture, le sexe, les fringues l'amour.....finissent par devenir nocives, à partir du moment où on ne connait plus ses propres limites.

Que faire bon sang, comment se sortir de la tête ces choses qui nous soulagent, qui nous font tant de bien en nous faisant pourtant tant de mal?

Remarquable, juste, trés belle, trés forte, sensible, une grande plaidoirie.

Voici les mots mielleux que j'ai entendus en sortant à la suspension d'audience.

La présidente aussi m'a félicité, j'en suis fort aise mais finalement, que doit on retenir de ce procès?

Qu'aimer trop fort, aimer trop mal, aimer à en mourir, aimer finalement si maladroitement, si violemment, peut nuire gravement à la santé?

Ou qu'au contraire, sans aucune preuve celui que tu as aimé, un jour, te tuera juridiquement, physiquement, humainement?

Il est évident qu'on est addict pour combler un vide, pas par hasard.

Il m'apparaît clairement que quelqu'un qui a été trés épris de quelqu'un d'autre, ne l'oublie jamais vraiment, même si elle y croit dur comme fer.

Quand on est accro, on devient fou, on est en manque, on tremble, on n'en peut vraiment plus!

Quand on est amoureux, mais amoureux maladif, on vous  dit que tout cela n'est pas fait pour vous, et par esprit de contradiction, vous restez. Vous y croyez de toutes vos forces.

Vous y croyez. Que voulez vous. L'amour a ses raisons....

Vous vous trompez, mais vous finirez toujours par revenir, parce que vous avez l'autre dans la peau.

Sa présence, son absence, son odeur, ses yeux, sa peau, tout en l'autre vous manque, une vraie crise de manque, l'amour de votre vie.

On a tous connu ça, cet émoi des débuts, ou notre amoureux nous manque à en crever.

Il a beau être loin d'être parfait, être brusque, être parfois rustre, vous l'aimez.

Vous êtes addict.

L'autre devient une drogue, la preuve, vous devez vous en éloigner pour l'oublier!

Pour désapprendre à l'aimer, il vous faut fuir, prendre une nouvelle direction, et ce n'est pas simple oh, non, c'est sûr, mais pour sauver votre vie, il vous faut partir, il vous faut prendre vos jambes à votre cou.

Non, ce n'est pas simple, et c'est pareil, pour toutes les formes d'addictions, mais la plus dure à vivre, finalement, c'est l'amour, car ce n'est pas une maladie, on ne meurt pas à proprement parler d'amour, l'amour fait du bien, l'amour magnifie, l'amour rend beau.

Mais quand l'amour fait mal?Quelle est la thérapie?

Oui, mes amis, l'amour peut pousser au harcèlement, à la violence, à la folie, parfois même au meurtre, tant on souffre que l'autre ne soit plus à nous.

L'amour.....on n'en sort jamais indemne, mais on finit toujours par y revenir.

C'est la plus difficile addiction qui soit. On le ressent sur la peau, dans le coeur et le cerveau, on doit vivre avec, qu'on soit heureux ou malheureux, l'amour finit par ne faire qu'un avec nous.

Et même si parfois, on ressent, encore en revivant des moments similaires, ce qu'il s'est passé, la nostalgie de l'addiction nous pousse mais la raison nous empêche de recraquer pour un ancien amoureux.

Ce n'est pas nécessairement une addiction négative, mais elle peut s'avérer cruelle, aimer comporte des risques, trop aimer nuit gravement à la santé, mal aimer peut vous emmener pour plusieurs années en détention.

Non, vraiment, plus que jamais je pense que l'amour doit être vécu avec précaution, doit être conscient des risques, pour ne pas souffrir, pour ne pas le détester, pour ne pas s'auto détruire.

J'ai mal au coeur ce soir, de savoir que l'homme que je défendais ait été condamné pour avoir si mal aimé.

Et son addiction à sa femme l'a poussé en prison. Harcèlement, crises, douleurs, terreur, rancoeurs, tout y est passé, jusqu'aux coups, jusqu'à cette plainte, jusqu'à ce que l'amour physique entre deux personnes qui s'aiment soit entaché par une qualification juridique.

C'est dur de voir quelqu'un en état de manque, de voir quelqu'un souffrir du manque, d'amour, d'écoute, de communication, de compréhension.

C'est dur mais c'est la vie qui me fait croiser ces chemins.

L'addiction, sous toutes ses formes, prend la sève et la distille dans l'univers.

On devient fou d'amour, on devient dingue de quelqu'un, on l'aime jusqu'à s'oublier et à devenir quelqu'un d'autre, ce quelqu'un d'autre qui un jour fera de notre vie un enfer.

Chercher des excuses à quoi bon, c'est écrit sur les paquets de cigarettes et sur les affiches publicitaires ce qu'on risque à abuser des choses.

Même des bonnes.

L'amour, le vin, le sexe,la nourriture, le shopping, le chocolat, la vie.

Abuser de tout ça, aussi bons soient ils au départ, peut nous pousser dans des difficultés aussi profondes que l'abîme d'une toxicomanie aux drogues dures.

L'addiction c'est un mot, qu'on pose sur des symptômes de la vie.

L'addiction c'est ce que l'on dit quand on a compris de quoi il s'agit mais qu'on se cherche encore des excuses.

l'abus d'amour nuit gravement à la santé.

Mais comment retenir l'amour? Comment le doser?

Personne n'a encore trouvé la réponse sans sacrifier un peu de bonheur.

Et ce soir, dans une petite cellule de 9 m2, un petit roi pense que l'amour ça peut être beau et fort mais aussi froid et dur comme les barreaux de sa fenêtre.

L'amour contre la liberté, l'amour contre la folie, la folie contre le mur de la vie.

Encore faut il vouloir s'en soigner, à moins de préférer à la sagesse, un moyen de vivre sans se priver, de manger sans compter, d'aimer déraisonné, aprés tout, demain, on aura l'éternité pour y penser.

En connaissance de cause.

Qui a vécu, vivra, qui a aimé, aimera.


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