quelques instants plus tôt....

Quelques instants plus tôt....

par Laura Campi, mercredi 6 juillet 2011, 17:00

J'étais à la station service quand m'est venue l'idée de cet article. Un vent chaud soufflait doucement sur les feuillages et tout était calme et paisible.

Pas de nuage dans le ciel, la température idéale, j'allais retrouver mon amie Clo pour déjeuner et tout se passait bien.

Et là....j'ai pensé, ce sont ces moments là qui précèdent les moments violents qui nous arrachent à notre bonheur simple.

C'est toujours des moments d'exception juste avant qu'on nous annonce un accident, un décès, un licenciement, une rupture, un problème grave, une descente de flics, une porte qu'on brise à coup de bélier, une interpellation.

Avant des moments de crise, il y a en général, des moments simples, de calme, de plénitude, dont on essaie de se rappeler plus tard, mais qui n'auront plus jamais le même goût.

Je me souviens des moments difficiles où l'on m'a annoncé des décès auxquels je ne m'attendais pas, les moments qui ont précédé des ruptures, les choses que je faisais au moment où ma mère biologique m'a appelé par exemple.

Ces moments là, de calme avant la tempête, j'y ai pensé, là, à la pompe à essence.

J'ai pensé à mes clients. Que faisaient ils avant qu'on vienne les chercher à 6 h du matin chez eux. Qu'avaient ils fait la veille?

En avaient ils profité assez?avaient ils embrassé leurs enfants, leur femme, avaient ils savouré chaque moment avec leurs parents, avant de sombrer?

D'une minute à l'autre la vie peut basculer c'est ce que m'apprend mon métier.

D'un instant joyeux et paisible, où l'on respire à plein poumons, on peut passer à l'instant d’après  à l'étincelle, où tout s'efface en un éclair.

On se retrouve seul, perdu, abasourdi. On se retrouve démuni, triste, désespéré  on ne sait plus où l'on est ni qui l'on est.

On cherche du réconfort. On cherche l'interrupteur pour rallumer la lumière, celle de juste avant le coup de fil, juste avant la porte cassée, juste avant la rupture, juste avant la lettre de licenciement, juste avant la disparition.

On tente de se rassurer, que tout va bien se passer, que c'est une erreur, qu'on va venir nous dire qu'il s'agit d'un malentendu, qu'on a mal compris. On a chaud, froid, chaud et on tremble.

Alors que quelques minutes avant, on allait bien.

On se plaignait bien sûr, de la chaleur, des problèmes quotidiens, des petits tracas de tous les jours, mais si futiles l'instant d’après, face à de si grands bouleversements.

La garde à vue, l'interpellation, les menottes, on enlève nos chaussures, notre ceinture, nos lacets, notre montre. Fini la quiétude, on repensera toujours à ces moments là.

La famille qui voit sa vie se briser en même temps que sa porte, qui voit son fils ou sa fille partir entre deux policiers, et qui ne sait pas pourquoi.

Mes clients ne sont pas des saints, ils font des conneries c'est vrai, mais certains d'entre eux ont finalement eu plus à faire avec un psy après leur libération et leur non lieu.

Celui qui rentre du travail, d'une journée comme les autres, et qui part direct en exécution de peine encore en habit de travail,sans pouvoir embrasser ses enfants j'en ai connu deux.

Celle qui croyait qu'elle était en vacances avec son petit ami espagnol qu'elle venait de rencontrer qui se fait serrer à la douane, dans une voiture qu'elle voyait pour la première fois mais truffée de marchandises contrefaites, j'en ai connu une....

Ceux qui laissent partir leurs parents en vacances, et qui apprennent qu'ils ont leurs examens, attendant le soir qu'ils soient arrivés pour leur annoncer la nouvelle, et qui apprennent l'accident mortel de leur famille, j'en ai connu deux.

Celles qui passaient leurs vacances en République Dominicaine entre copines et qui ont été interceptées les valises chargées à bloc sans le savoir.....

Celui qui va rendre visite à son pere et qui le trouve inanimé....je le connais et je l'aime trés fort.

Celle qui se prépare pour aller à un anniversaire, et qui répond à un coup de fil sur le pas de la porte avant de monter dans sa voiture......pour apprendre une nouvelle déchirante, je la connais et je l'adore.

Ceux qui disent à tout à l'heure à leur femme ou leur mari, qui va faire un tour au marché et qui ne le reverront jamais à part au tribunal.....j'en ai connu aussi. (dont un que j'apprécie énormément)

Que se passe t il avant?

Ces quelques instants de quiétude, comment savoir s'ils dureront?

C'est pour ça qu'à la station service, j'ai décidé de sourire et de respirer à pleins poumons.

Pour ces instants avant que le sol ne se dérobe sous nos pieds, que la vie décide à notre place où aller, et qu'on piétine nos vies.....

Un texto qu'on reçoit parfois nous sauve la mise et la vie. 

Un retard au travail, peut nous sauver d'un attentat quelques minutes avant, et on se sent incroyablement chanceux.

Pour autant, la vie est faite ainsi de surprises et ne donne pas toujours son préavis.

Il n'y avait qu'une phrase à retenir, ce lundi, à la station service. Carpe Diem.

C'était celle qui était inscrite sur le blouson du motard, qui se servait à la pompe n°7........

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