Lumière:)

Quand je suis arrivée dans la loge, la lumière m'a immédiatement aveuglée, il était vraiment temps de changer cet éclairage me suis je dit, comme à chaque fois que je pénétrais dans cet endroit, riche de souvenirs et d'émotions.

C'était la loge d'un petit théâtre où je participais parfois à des "télé crochets" sorte d'ancêtre de la Star Ac, en tous cas, ce soir, je n'étais pas là pour plaisanter.

J'étais en finale, et je savais que j'aurai la pression.

J'ai commencé à me maquiller, j'étais bien entendu trés en retard, parce que j'avais pris le temps d'organiser mon retard, je savais que j'arriverai juste à temps pour monter sur scène.

La petite commune qui accueillait ce théâtre, était en effervescence, en ébullition, il se passait enfin quelque chose, et c'était grisant.

Plusieurs étapes pour arriver en finale, je n'en revenais pas, d'être encore là.

Non pas que je me sous estime, mais bon quand même, le niveau était élevé.

L'organisateur du concours est venu me chercher, passant sa tête par l'entrebaillement de la porte pour me demander si tout allait bien, comme à son habitude, un large sourire aux lèvres, et beaucoup de gentillesse.

Je lui ai rendu son sourire en lui disant que j'arrivais, et que j'étais fidèle à moi même, dans un petit clin d'oeil.

Je me suis habillée, rapidement, un peu de paillettes sur les yeux, et hop, comme disait la Mistinguette, je suis comme le bon dieu m'a faite, j'ai plus le choix.:)

Je suis donc sortie de cette éblouissante loge de fortune pour me diriger vers mes camarades de jeu, vers les coulisses de ce spectacle bon enfant.

Dans la salle, je le devinais, il y avait mes parents, mes complices, mes amies, celles qui imaginaient que je méritais bien ma place en finale, les inconditionnelles, les fans de la première heure, au collège et au lycée.

L'organisateur nous a fait monter sur scène et nous a présentés un par un.

On allait repartir avec des enregistrements sur cd de nos prestations des cinq dernières soirées, "l'étoile" du nom de l'association qui organisait ce concours (dont le gagnant se produirait, sur cette même scène, en première partie d'un vrai chanteur de télé réalité) nous offrait ce petit souvenir.

Les autres concurrents, les plus jeunes d'entre eux, étaient stressés, concentrés, venaient pour gagner,c'était évident tant ils ne travaillaient que pour cela tous les mercredis et les week end, obligeant leur parents à dépenser une fortune en bandes sons de tout poil.

J'avais une autre approche, d'abord parce que je savais que je n'en ferai pas mon métier, que j'avais une dizaine d'années de plus et que je faisais ça pour m'éclater parce que j'adorais ça.

Ils ont annoncé l'ordre de passage, comme dans tous les castings, ce qui stresse toujours les candidats les plus sérieux, qui nous communiquent leur tension hautement palpable.

J'avais hérité du numéro neuf, ce qui sur dix candidats me semblait assez délicat, j'aurai préféré le 7 mais là c'était de la supersition.

La première candidate s'est élancée sur la scène, pleine d'énérgie, pomponnée comme un dimanche de gala, seize ans, fan d'Hélène SEGARA, elle ne chantait que ses chansons, qu'elles considérait comme écrites pour elle.

Elle avait une voix cristalline, magnifique, un bijou pur et savait toucher au coeur.

Elle occupait la scène et captait l'attention du jury de professionnels du monde de la musique assis en face d'elle, devant l'estrade.

Et de candidats, tous meilleurs les uns que les autres, on arriva à mon tour.

Je m'étais déjà levée pendant la chanson du précédent candidat, puisque j'arrivais de la scène et non de la salle, ce qui change bien sûr tout....

La scène était plongée dans l'obscurité et retentissait encore des applaudissements destinés à mon prédécesseur, alors qu'il s'éloignait dans la salle et que les dernières notes de sa chanson s'achevaient.

J'étais là, debout, tremblante, et en même temps grisée.

Je tenais ce micro comme un trophée, comme si ma vie n'avait valu d'être vécue que pour être sur cette scène et chanter.

J'adorais ça, c'était une vraie passion, un vrai plaisir, un pur bonheur.

Les projecteurs de la scène se sont allumés, et j'ai découvert mon terrain de jeu, si familier et pourtant tous les soirs différents.

"entrer dans ....la lumière,  comme un insecte fou, respirer la poussière, pour finir à genoux,redécouvrir ma voix, en être encore capable, devenir quelquefois, un rêve insaisissable"

J'étais lancée, je volais dans les airs, je tourbillonnais, j'existais enfin, ma voix devenait réelle, présente, je me moquais bien sûr de ce qui se passait de l'autre côté de mon tapis volant.

Ce micro, tel un pouvoir, je le tenais fermement, pour ne rien lâcher, j'étais là, et je vivais.

Jusqu'aux dernières notes de musique, j'ai occupé l'espace, ne croyant en aucun enjeu, voulant juste être là et profiter de mes instants de bonheur.

Avant la fin de la chanson, les applaudissements ont retenti, je n'en croyais pas mes oreilles, je n'osais tellement pas y croire, et j'en étais chamboulée.

Comme si la personne que j'avais incarnée quelques secondes plutôt était un mirage, un personnage, une corde à mon arc, un petit coin de paradis, que je ne m'autorisais à visiter que les soirs de télé crochets, dans cette petite ville du Nord.

Je suis descendue de scène, et ai regagné ma place, il restait un concurrent, et le moment que je détestais, l'attente des délibérés.

J'ai toujours détesté ça d'ailleurs, même aujourd'hui, même pour des choses moins pesantes.

Mais voilà, j'avais fait mon possible, j'avais donné le meilleur, et j'étais heureuse.

Le dernier apprenti chanteur était un sosie de Renaud, mêmes fringues, même voix, même style, mêmes poches sous les yeux. Impressionnant.

Tous les concurrents y allaient de leur pronostics, pendant que je cherchais désespérement une bouteille d'eau pour me remettre de mes émotions.

Une demi heure plus tard, les jurés rendaient leur décision, mettant fin à notre calvaire de suspens.

Ils nous ont fait remonter sur scène, nous ont félicités pour notre professionnalisme bien que nous n'étions pas des pro, mais sans conteste des artistes. Sympa.

Je suis arrivée cinquième, ex aecquo avec Renaud.

Pas mal, même si c'était des styles différents et que je ne voulais pas imiter l'interprète original de ma chanson.

La gagnante évidemment c'était Hélène SEGARA, elle n'avait pas fait tout ça pour rien , la ptite, il fallait la récompenser et j'étais sincèrement heureuse pour elle.

Elle avait seiez ans des rêves pleins la tête, il fallait que ce soit elle qui gagne, j'avais parié avec moi même sur elle, et sur le mini Patrick Bruel de 9 ans.

Applaudissements à l'énoncé des gagnants.

Je suis retournée à :la loge, pour récupérer mes affaires.

Et c'est ce soir là que j'ai éteint la lumière éblouissante , sur mes rêves de micro d'argent, de gamine de seize ans.

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Y a encore plus de joie!

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